Interview : Eiffel

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Ce 3 septembre est sorti dans les bacs Foule Monstre, le 5ème album du groupe Eiffel dont nous vous proposions ici le clip du premier single Place de mon cœur.

A cette occasion, nous avons rencontré le leader, Romain Humeau, pour discuter de la création de cet opus lors d’un entretien très intéressant et fait en toute décontraction.

J’espère que vous prendrez autant de plaisir à le lire que j’ai eu à le faire.

 

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Bonjour Romain,

On se rencontre pour évoquer Foule Monstre, le nouvel album d’Eiffel qui sort lundi, est-ce que tu es impatient de la sortie ? (Entretien réalisé quelques jours avant la sortie de l’album).

Pas plus que ça. Comme avec le groupe on est en pleins préparatifs pour la tournée, on est très concentrés sur ce qui vient après. Moi, je n’aime pas trop me retourner sur les choses faites, par contre je pense que, lundi, je serai le premier à me dire « pourvu que ça marche ». Honnêtement, je n’y pense pas trop, en fait, je viens de réaliser, parce que tu viens de me le dire, que c’était lundi. Je sais que c’est le 3, que c’est bientôt, mais voilà…

Vous avez déjà fait quelques dates de concert, tu peux nous en parler un peu ?

Oui, on en a fait une bonne trentaine, mais elles n’étaient pas pour nous, dans la tête et même dans le travail, inclues dans la tournée. Pour nous, c’est une pré-tournée. On ne jouait que 12 titres, surtout des nouveaux et très peu d’anciens, on se mettait dans une sorte de complexité, à ne pas jouer sur une sorte d’acquis « on vous joue des titres que vous connaissez ».

Je pense qu’on a bien fait, parce que finalement les fans « hardcore » qui sont venus nous voir ont entendu les nouveaux live et en parlent sur le net et du coup… On aime bien, que les choses prennent corps sans que ce soit du vent médiatique, du vent internet etc.… C’était important pour nous de le faire. Et aussi pour une raison toute simple, on a décidé d’avoir un cinquième musicien sur scène, et pour nous il était hors de question de partir en tournée sans avoir vécu de la musique et des bouts de vie avec cette personne-là, Fred Ozanne en l’occurrence, qui est musicien, qui a son projet qui s’appelle I’m 7teen et qui a été musicien additionnel pour Dionysos. Donc ça fait trois mois qu’on vit des choses sur scène avec lui de temps en temps et du coup on va partir en tournée, on sait qu’on part sur 120 dates et que les choses seront partagées. Sinon c’est dangereux de faire ça, tu peux te gourer ou te retrouver au bout de 10 dates et que ça merde.

L’accueil des nouvelles chansons s’est bien passé ?

Je dirais qu’à 99% les gens aiment pas mal, voire beaucoup. En même temps c’est le chanteur du groupe qui parle de ses fans donc on est un peu en circuit fermé, enfin pas fermé mais petit circuit. Je crois que ça se passe bien mais je n’ai aucune idée de comment va être pris l’album.

Eiffel, c’est du rock…

Je me permettrais de dire que c’est plutôt de la pop, je sais que c’est jouer sur les mots mais j’ai toujours pensé, vue les velléités mélodiques et harmoniques, que c’est pas rock. Pour moi, rock, c’est Led Zep et AC/DC, et nous, on est peut-être plus Pixies et Blur dans l’idée si je simplifie, avec un peu plus de recherche sonore. On se balade au niveau du son, j’ai l’impression. Par contre Eiffel peut se permettre des fois de faire du rock, on n’a aucun problème avec ça. C’est l’avantage de la pop, on peut faire du rock, alors que le rock ne peut pas faire de la pop.

Donc Eiffel c’est un groupe pop qui envoie, est-ce que, quand vous enregistrez l’album, vous pensez au live et à la scène ?

On ne pense pas en terme de son mais en terme d’impact rythmique ou mélodique sur certain titre, Place de mon cœur, Cares of myself, etc… On ne calcule pas pour, mais on se dit que cette mélodie, sur scène, on peut l’outrer et ça deviendra énorme, mais en tout cas, moi, je n’écris pas la musique ou les textes en pensant à la scène ou à quoi que ce soit qui peut être accrocheur. Par contre, ce que j’aime dans l’idée d’une répétition, c’est qu’elle ne se morde pas la queue, c’est à dire qu’on arrive avec une phrase ou une mélodie répétée à donner l’impression que ce n’est jamais pareil. C’est le principe de la musique black, africaine.

Tu me tends la perche justement, c’est toi qui écris les textes et la musique, est-ce que tu peux nous dire comment te vient l’inspiration, et comment tu travailles tes textes ?

Les musiques, ça va très vite à chaque fois, ça vient comme ça, d’un truc que j’ai entendu à la radio, soit d’un moment d’un disque que j’ai aimé, soit sans rien, ou après avoir discuté avec des gens d’un sujet quelconque… Les textes, c’est beaucoup plus intime, je ne travaille pas les textes, je les pense. Ça me prend du temps. Pas devant le papier, mais dans ma tête. J’y pense, je remue le truc, il faut que ça prenne corps. Quand j’ai l’essence, je la couche sur papier très rapidement. Des fois ce 1er jet est valable, très rarement, et je n’y touche pas. Il y a Frères ennemis et Le même train dans ce nouvel album qui sont comme ça. Tous les autres j’ai gardé les 1ers jets et ils ont été travaillés soit pendant deux mois, soit huit mois. Je fais du travail d’archéologie. J’utilise des métaphores en faisant des chansons réalistes. Je ne fais pas de la chanson psychédélique. Des gens trouvent ce que je chante bizarre, mais non, je chante juste du concret avec mon imaginaire. Je pense que les gens parlent avec leur imaginaire. J’aime bien aussi tout ce qui est jeu de mots au sens large, allitération, assonance, consonance, contrepets, et du coup il faut arriver à être audible et lisible, ça foisonne un peu. Il faut savoir se présenter, je travaille le plateau sur lequel je fais servir les textes, pour que les gens captent quelque chose. C’est ce que disait Gainsbourg « en 3 minutes, il te faut évoquer une vie, alors que les écrivains ont de 200 pages à 1500 pages pour le faire » alors que, toi, en trois minutes, t’as en plus le refrain qui est répété trois fois.

Tu peux me dire comment ça fonctionne dans le groupe ? Tu écris les chansons et les musiques, est-ce que tu les imposes ? C’est retravaillé ensemble?

Je ne les impose pas, le groupe s’est bâti autour des chansons. Soit mes chansons sont prises, soit elles ne sont pas prises. C’est très simple. Souvent, et c’est normal, les journalistes ou les gens qui s’intéressent à la musique se demandent si le groupe fonctionne en démocratie ou pas. En fait, je pense que tous dans le groupe, on aime les projets où il y a quelqu’un qui mène. Dans Eiffel c’est moi, si demain Nicolas Bonnière (membre d’Eiffel NDLR) monte un groupe, je pourrais jouer du triangle, s’il le fallait. Ça ne me pose aucuns soucis. Je peux aussi faire des arrangements. J’aime bien quand le truc est mené, je ne suis pas un gros fan du bœuf, ça me fait chier. Quand j’écris une chanson tout seul, moi-même je me sens de trop. Je suis une sorte de prothèse, la chanson, elle émane de rien, elle vient de la terre, elle vient de l’air, sans être mystique du tout. Elle existe déjà, moi je suis là pour la chopper. Je préfère écrire une chanson sans une guitare ou un piano. Si tu prends la guitare, tu as des réflexes, alors que l’outil le plus merveilleux au monde ce n’est pas la guitare ni l’ordinateur, c’est ma tête. Tout le reste est de trop quand j’écris une chanson.

Il y a des gens avec qui vous travaillez sur l’album, en tant qu’invités. Tu peux me dire comment ça s’est fait ? Si c’est vous qui êtes allés les chercher par exemple ?

Non. Enfin, oui, Phoebe Killdeer, j’avais écrit Chaos of Myself, et y’avait un contre chant que je rêvais d’entendre chanter par une femme. Donc j’ai entendu des chanteuses, mais je ne connaissais pas Phoebe. On va voir un concert de Déportivo et on sympathise avec leur guitariste, Cédric Le Roux, et il me dit « ça, tu vas adorer, c’est pour toi, mec ». Il me file le disque de Phoebe et on écoute, on se dit que c’est génial et qu’il faudrait lui demander. On appelle, il s’avère qu’elle est managée par Marc Collin de Nouvelle vague que je connais très bien. Elle a aimé la chanson, elle est venue une journée à la maison, elle a chanté, on a sympathisé et du coup elle va venir avec nous au Trianon chanter la chanson et on va sûrement avoir l’occasion de la faire sur scène.

Et Bertrand Cantat, pas mal de gens savent qu’on est très potes et que c’est un peu la famille, on nous a toujours fait chier avec ça, y’a toujours eu des medias qui parlent, alors que pour nous, c’est super simple, ça s’est vraiment fait naturellement, et il y a des choses qu’on n’avait pas pu finir. Sur A tout moment, il avait fait les chœurs, et le concert des Terres Neuves. On avait projeté l’idée de faire une chanson ensemble où il écrirait aussi, mais ça ne s’est pas fait parce que c’était encore trop tôt pour lui en 2008. Donc on s’est dit, on le fait là. Moi, j’avais écrit Lust of Power, le couplet 1 et le couplet 3, et lui il a rajouté son texte en 3h, il l’a chanté. C’est très simple.

L’album est porté par le premier single Place de mon cœur et son clip très graphique, Est-ce que vous êtes impliqués dans le côté visuel de votre promo ?

Pour l’univers graphique du disque, oui beaucoup, parce que c’est nous qui avons trouvé le collectif nantais Chat qui pue qui font ces dessins-là. L’idée de la vidéo, c’était de décliner ça, mais ça a été fait différemment par d’autre gens.

Le Mediateaseur remercie Romain Humeau pour sa simplicité et le temps qu’il nous a accordé. L’album Foule Monstre est toujours disponible dans les bacs.

Si vous désirez connaître l’actualité d’Eiffel vous pouvez suivre le groupe sur son site officiel ici ou sur la page Facebook ici.

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