Interview : Sophie Audouin-Mamikonian

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La saga littéraire Tara Duncan, nous vous en avons déjà souvent parlé, notamment en chroniquant chaque tome que nous lisons toujours avec autant de plaisir.

La « maman » de cette héroïne est Sophie Audouin-Mamikonian. J’ai eu l’occasion de discuter avec l’auteure durant un long entretien dans lequel elle a accepté de nous parler des débuts de l’aventure, de sa méthode de travail, ou encore de ses projets.

Une interview réalisée il y a quelques mois, que nous vous proposons dans son intégralité aujourd’hui, suite a de petits aléas.

 

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Bonjour Sophie,

Vous êtes l’auteure des romans Tara Duncan, pouvez-vous nous dire comment et quand vous est venue l’idée de ce personnage et de cette histoire ?

Tout a commencé à la naissance de ma fille Diane. J’avais 25 ans, je venais d’accoucher, et je pensais que ça allait être l’apocalypse, car on ne vous donne pas le mode d’emploi. Et en fait Diane dormait 14 heures par jour.  Comme je m’ennuyais, je me suis mise à relire l’intégrale de Shakespeare, et notamment Le songe d’une nuit d’été. Et finalement je me suis dit, Titania, Puck, Obéron, d’où vient leur magie ? Evidemment l’auteur situe la scène à Athènes, et moi je me suis dit, et si finalement leur magie venait d’une autre planète ? Comme je voulais être diplomate vu mes études, j’ai d’abord imaginé la planète, les relations économiques et politiques entre les différents peuples et la géographie. Ensuite, j’ai imaginé la faune, la flore … et ce n’est qu’après cela que j’ai imaginé le personnage de Tara. Qui étais moi avec quelques années de moins, me retrouvant nez à nombril avec un dragon, et n’ayant pas envie de brandir une épée et un cheval blanc. C’est vraiment comme ça que ça a commencé.

Vous savez combien de temps cela vous a pris de créer tout cet univers ?

Oui 4 ans. Mais dans les 4 ans j’ai écrit l’ensemble du scénario de la série. Je viens d’une famille de scénariste, mon arrière grand-oncle est Tristan Bernard, mon arrière grand-père à écrit Fanfan la Tulipe ou encore Macao, mon oncle Francis Veber est le cinéaste bien connu. Donc non seulement l’humour des Veber coule dans mes veines, mais en plus, je sais à quel point un scénario c’est important.  Il fallait vraiment que le scénario soit bon avec des rebondissements, des trahisons etc, avant même que je ne commence à écrire. Pour moi Tara Duncan est un énorme bouquin de 6000 pages, et quand un nouveau livre sort, les fans relisent les anciens, car bien souvent j’y ai mis des indices, étant donné que pour moi c’est un seul scénario. Et on peut découvrir des choses dans le tome 10 ou 11 alors que c’est indiqué dès le départ. C’est pour ça que la série à une telle cohérence, c’est que non seulement j’ai mis 4 ans pour l’écrire mais j’ai eu 17 ans pendant lesquels je n’ai pas été publié, pour la peaufiner.

Il vous a fallu attendre 17 ans pour publier le premier tome ?

J’ai eu plus de 300 lettres de refus. Je n’avais pas compris qu’à l’époque, ce n’était pas le style de l’écriture qui ne leur plaisait pas, c’était le style du livre, à savoir la fantaisie. On me répondait que la magie ne marcherait jamais en France et que mon livre était trop gros. Il a fallut qu’Harry Potter sorte chez nous, et qu’il ait du succès au bout de 3 ans, car il ne faut pas oublier qu’Harry Potter en France n’a pas marché, jusqu’à ce qu’on annonce le film après le 3ème tome, pour que les avis changent. Et grâce à ce succès quand j’ai envoyé mon livre à nouveau, il y a 3 éditeurs qui l’ont pris en même temps, et j’ai signé au Seuil.

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C’est terrible de devoir attendre le succès d’un autre livre pour voir le sien être accepté.

Ca c’est très français. Je ne sais pas comment, du jour au lendemain, nous nous sommes retrouvés inféodés à l’écriture américaine, mais eux ont vraiment conquis le monde. En revanche, ils sont extrêmement protectionnistes, donc pour se faire éditer aux Etats-Unis,  c’est quasi impossible. J’ai mis 10 ans pour réussir à me faire publier chez eux. Il a fallut que je récupère mes droits au Seuil et que je prenne mon baluchon pour enfin réussir à me faire éditer par un petit éditeur. Et là, je pars en avril pour faire un grand show durant 6 semaines dans 5 villes américaines qui sont Boston, Los Angeles, New York, Chicago et Atlanta pour rencontrer les David Letterman, Elle Degeneres et autre Jay Leno et attirer enfin l’attention des studios.

Et une fois le premier tome publié, ça a marché très vite pour Tara Duncan ?

Tout de suite. Je suis passé en best seller immédiatement et je voyais mes avaloirs qui augmentait au fur et à mesure. J’ai touché 3100 euros pour le premier, 15 000 euros pour le deuxième et le 3ème 50 000 donc je voyais mon succès à ça (rires).

Vous a t’on déjà par exemple que vous aviez copié Harry Potter ?

Copié non, car les gens savent que je l’avais écrit bien avant et que c’était déposé. Non c’est une accusation qu’on ne m’a jamais faite. Ca a été plutôt « C’est la petite sœur d’Harry Potter », alors qu’en fait ca serait sa grande sœur car elle est née avant. Moi ça ne me pose aucun problème car c’est vraiment grâce à Harry Potter que j’ai été édité, et maintenant j’ai la ferme intention de la dépasser. Sans Cocorico, la série est vraiment une série qui plait à tout le monde car je suis traduite dans 20 pays, ce qui est malheureusement rare pour un auteur français.

Et elle plait en plus à toutes les générations.

C’est ça qui est cool car en plus je mets plusieurs niveaux de lecture. Vous qui êtes grand,  vous voyez des choses qui appartiennent  à votre génération, et les plus jeunes voient les aventures. Je mets aussi un peu de politique avec des comparaisons entre l’Empire d’Omois et les grands empires financiers internationaux.

En parlant de l’écriture au sens propre, combien de temps vous prend un tome en moyenne ?

En règle générale ça prend 9 mois, 6 mois d’écriture et 3 mois de réécriture. Sachant que je n’écrits jamais qu’un seul livre, je suis sur Tara Duncan le matin et sur Indiana  (Indiana Teller, une autre saga de l’auteure NDLR) l’après-midi par exemple. Là cette année j’ai sorti 3 livres (La couleur de l’âme des Anges, Indiana Teller T2 et Tara Duncan Tome 10), ce que je ne referais pas. Mais j’ai tellement d’imagination qu’il faut que la canalise en faisant plusieurs choses sinon j’écrirais des bouquins de 3000 pages.

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Justement vous avez beaucoup d’imagination, et vous êtes très active sur Internet en communiquant avec vos fans. Est-ce qu’il vous arrive parfois d’écouter les propositions qu’on doit vous faire ?

Non jamais. Ca c’est l’étique de l’écrivain. Et si vous essayez de plaire aux gens, cela devient faux, ça ne correspond plus à ce que vous êtes vous, et finalement c’est ce que je suis moi et ce que j’écris qui plait aux gens. Je les écoute, je me fais engueuler très souvent (rires) notamment à cause de mes fins insoutenables, mais je ne me laisse pas influencer.

Le tome 10 est paru il y a peu, nous l’avons lu comme les précédents, et nous nous posons quelques petites questions. Le personnage de Silver à un peu disparu depuis son apparition, était-ce le personnage d’un seul tome ?

J’ai énormément de personnage, du coup c’est un peu frustrant pour les gens qui s’attachent à un tel ou un tel, de voir qu’il disparaît. Silver a eu un livre qui lui a été quasiment consacré mais le problème est que lorsque j’ai de nouveaux personnages comme Gabriel qui arrivent, je ne peux plus mettre en avant des personnages secondaires comme Silver. C’est la seule raison, sinon avec tous, je me retrouverais une fois de plus avec un livre de 3000 pages.

Magister, lui, est un peu en retrait, est-ce une manière de le faire revenir en force un peu plus tard ?

Alors Magister est un peu moins présent car la menace que représentent les démons est infiniment plus grave que la menace qu’il représente lui. On a tellement l’habitude de le voir comme un type méchant mais un peu looser, que du coup la menace que représente un Gabriel où alors celle d’un Archange qui arrive avec ses 7 planètes, sans savoir vraiment ce qui se passe, paraît plus grave. Mais évidemment dans les tomes 11 et 12, tous les ingrédients que j’ai mis à propos de Tara, de la bombe antimatière etc, vont être repris est utilisé. Et de ce fait, Magister aura évidemment un rôle très important à jouer à la fin.

Mara, au contraire, est plus mise en avant, elle va rester au premier plan ?

Oui car justement le début du prochain tome débute par Mara.

Il en est ou pour le moment le prochain tome ?

J’ai pris un peu de retard car je me concentre vraiment sur Indiana. J’ai quelques pages de Tara mais je ne suis pas aussi rapide que d’habitude.

Pouvez-vous déjà nous dire combien il y aura de tome avant la fin des aventures de Tara ?

Oui, il va y en avoir 12.

Pour terminer, on entends beaucoup de choses autour de Tara Duncan, vous qui êtes la mieux placée, quels sont les projets concrets ?

Ce qui est rigolo c’est que je suis constamment sollicité par des gens qui viennent me voir depuis la sortie du tome 10. Je ne sais pas pourquoi, tous les médias se sont réveillés comme si je venais d’acquérir des espèces de lettres de noblesse.  Pour le moment il y aura donc une nuit Tara Duncan dans les cinémas avec énormément de surprises, et je vais aux Etats Unis pour vraiment me faire connaître des studios en vu du film. Aux Etats-Unis ce n’est que des relations face à face et j’y vais pour me faire connaître et rencontrer tout ces gens. Je ne renoncerais pas, ça prendra le temps qu’il faudra mais même si je dois monter les marches de Cannes avec une béquille, j’y arriverais.

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Le Mediateaseur remercie une fois de plus Sophie Audouin-Mamikonian pour cette discussion très agréable et drôle. L’auteure est aussi sympathique que passionnée par son métier et cela fait vraiment plaisir.

Le tome 10 de Tara Duncan, Dragons contre Démons  paru chez XO Editions est toujours disponible en librairie.

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