Interview : Philippe Geluck

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Nous avons parlé ici du tome 18 de la BD Le Chat que l’on doit à Philippe Geluck.

J’ai depuis eu le plaisir de rencontrer le dessinateur pour une discussion décontractée autour d’un café. L’occasion pour nous d’évoquer le travail réalisé sur La bible selon Le Chat et ses retombées.

Bonne lecture sous le petit bonjour de l’auteur.

 

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Bonjour Philippe,

Vous êtes le père du fameux chat de la BD que tout le monde connaît, pouvez-vous nous faire un bref retour sur sa création ?

C’est une longue histoire. Le Chat est né en 1983 dans le journal Le Soir à Bruxelles sur une commande. C’était un casting de quatre dessinateurs à qui le journal avait demandé d’inventer un personnage pour animer les pages d’un supplément et c’est le chat qui a été choisi. J’avais déjà dessiné ce personnage en 1980 sur mes cartons de mariage pour remercier nos amis de nous avoir offert des cadeaux, mais ce n’était pas encore vraiment Le Chat. Je nous avais représenté, ma femme et moi, sous les traits de chats. Trois ans plus tard j’ai repensé à cette idée, j’ai mis ce chat debout, habillé d’un manteau, je lui ai fait dire deux ou trois conneries et c’était parti.

Auriez-vous pu imaginer cheminer aussi longtemps  avec ce personnage ?

J’ai très vite eu cette certitude. Comme quand on se découvre une amitié très forte ou un coup de foudre en amour, il y a une évidence et elle était là. Au bout de quelques semaines seulement je me suis dit « là, je tiens quelque chose et je pense qu’on va faire un sacré bout de chemin ensemble ». Ça s’est confirmé car c’était il y a trente ans et demi.

Le public a-t-il accroché rapidement à ce chat ?

Au début c’était un peu mitigé, tant au sein de la rédaction que chez les lecteurs. La première lettre que j’ai reçu au journal disait « Monsieur, votre ours ne me fait pas du tout rire ». Ensuite sont arrivées les lettres d’encouragement. D’ailleurs, j’ai une anecdote, à l’époque je présentais en Belgique une émission assez déjantée pour enfants, et il faut savoir que je ne signe pas mes dessins. Un jour, un ami me parle de quelque chose qu’il a vu dans Le Soir et devine que ça va me plaire car c’est dans l’esprit que j’aime. C’était formidable de me recommander ma propre création.

C’est une coquetterie de ne pas signer vos dessins ?

Non ou alors si on veut utiliser le mot coquetterie, c’est une coquetterie graphique. Je trouve que la signature déséquilibre mon dessin. Peut-être parce que le dessin est minimaliste et que d’un coup la signature prend de la place. Je n’arrive pas à l’intégrer dans mon dessin c’est tout.

Vous ne vous étiez effectivement pas trompé car trente ans après, Le Chat continue toujours et le tome 18 vient de paraître, que pensez-vous de son accueil ?

L’accueil est formidable. Je n’ai jamais eu aucun livre qui a démarré aussi fort, il s’est placé quatrième meilleure vente tous livres confondus à sa sortie. Là, Astérix est forcément passé devant et le Goncourt va sans doute faire pareil, mais il est très bien placé. Les réactions sont enthousiastes et j’avoue que je m’attendais à une levée de bouclier de personnes un peu coincées, mais même pas.

Aucun retour « négatif » sur ce sujet un peu sensible donc ?

Il n’y a rien eu de plus que lorsque j’ai fait des dessins sur la religion ou sur Dieu dans des chat plus traditionnelles. Ici, c’est tout l’ancien testament donc ça passe d’un coup. Je sais que ça fait rire des gens de l’église, j’ai même été interviewé sur des radios chrétiennes et ça se passe très bien.

Ce qui m’a plu en premier à la réception, c’est le format (voir notre chronique pour plus de détails), est-ce votre idée?

Oui. J’avais dessiné en premier l’histoire pour mon application au format paysage, et au départ je n’imaginais pas que ça deviendrait un livre. Lorsqu’on a évoqué l’idée de le publier, j’ai trouvé effectivement ce format qui était le seul possible. Je devais être dans le format dit « à l’italienne », mais je ne pouvais pas retourner l’album car ce ne sont pas des dessins destinés à être aussi grands, en n’en mettant que deux par pages c’était moche. J’ai tout essayé. Je suis arrivé à cette idée-là, de faire un coffret qui soit à l’exacte mesure d’un album pour les collectionneurs, car c’est important, avec la surprise d’ouvrir et d’avoir les deux petits livrets. J’insiste beaucoup là-dessus, l’objet a été fabriqué en France. Le premier réflexe a été de s’inquiéter pour le coût, donc de se tourner vers la Chine, mais l’éditeur a cherché, et a trouvé, la solution pour le faire entièrement en France et j’en suis très fier. D’autant qu’il y a plus de pages, c’est un double chat et qu’à 14,95€ ce n’est pas cher, surtout quand on voit qu’un roman coûte cinq à sept euros de plus et qu’il coûte dix fois moins à fabriquer.

Ce tome raconte donc La Bible vu par Le Chat, comment vous est venue cette idée ?

Une espèce de récréation que je voulais m’accorder. Je produis du gag quotidiennement depuis trente ans, et là, je voulais raconter quelque chose. Je ne suis pas un homme de scénario long et pourtant j’ai pensé partir là-dessus. Je me suis dit « les ténèbres, une page blanche c’est déjà ça de gagné », au départ je voulais me soulager un peu de cette pression quotidienne, puis je me suis pris au jeu. C’est devenu un feuilleton, chaque jour je devais faire avancer cette histoire, en ayant envie de surprendre les lecteurs et de me surprendre moi-même, car je ne savais pas où j’allais. Je n’ai pas du tout construit mon récit et j’avançais au jour le jour, comme Dieu finalement. Ça m’a fait un bien fou car je me suis autorisé à dessiner des choses que je ne faisais pas habituellement, comme des squelettes, des décors, des animaux improbables. Je me suis vraiment amusé.

Savez-vous combien de temps de travail cela vous a pris ?

C’est assez facile à calculer, même si à la fin j’ai dû un peu accélérer, je réalisais une page par jour. Comme c’était publié quotidiennement, donc 192 jours mais en trois fois. Il y a environ deux mois, deux mois et deux mois de publication.

Avez-vous fait des recherches dans La Bible pour votre travail ?

Un peu mais pas beaucoup car je suis resté quand même dans les grandes lignes. Mais de temps en temps, quand il me fallait vraiment un détail ou pour vérifier si tel truc a eu lieu avant tel autre. Parfois pour du phrasé aussi, car je glisse par moment des vraies phrases issues de la Bible.

Vous êtes-vous parfois censuré sur les textes ou les dessins même si je pense connaître la réponse ?

Quel est votre avis ?

Lorsqu’on voit un dessin comme Dieu et le mouton dans le lit, j’imagine que non.

En effet, je ne me suis pas censuré, mais je n’ai pas non plus eu besoin d’aller dans l’outrance. On les voit dans le lit mais on ne sait rien. C’est vous qui faîtes une interprétation, on appelle ça les exégèses. Comme dans tous les livres saints, il y a ce qui est écrit, et les interprétations. Alors oui, il y a une amitié trouble entre le mouton et Dieu, certes,  mais sont-ils allés jusqu’à commettre l’irréparable, mon livre n’y répond pas.

Devant le succès, auriez-vous envie d’en faire éventuellement une suite ?

Pas une suite immédiate, mais c’est vrai qu’il y a une tentation. J’aurais bien envie d’attaquer le Nouveau Testament, mais je ne le sortirais pas dans un an. Je vais prendre du recul, faire un autre livre l’année prochaine, et on verra. C’est vrai que ce serait bien d’avoir l’ancien et le Nouveau Testament.

Et en ce moment vous travaillez sur d’autres projets ?

Pas encore non. J’ai plein de pistes en tête, j’ai des envies. Il y aura évidemment encore des albums du chat « classiques » avec des gags et des planches, mais je ne suis pas dans une période de création en ce moment.

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Le Mediateaseur remercie Philippe Geluck de nous avoir accordé un peu de son temps lors d’un passage parisien.

Le tome 18 du chat intitulé La Bible selon Le Chat est paru il y a quelques jours aux éditions Casterman et si vous avez envie de rire, nous vous le recommandons chaudement.

Nous vous laissons avec une petite vidéo promotionnelle de ce tome qui donne bien le ton.

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