Interview : Bernard Lavilliers

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Bernard Lavilliers vient de sortir le vingtième album de sa carrière : Baron Samedi.

Pour en discuter, j’ai eu le plaisir de rencontrer cet artiste aussi impressionnant que sympathique, lors d’un entretien en toute décontraction.

Bonne lecture,

 

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Bonjour Bernard,

Votre nouvel album Baron Samedi vient de paraître, êtes-vous heureux du résultat final ?

J’ai pas mal travaillé sur ce double album, le test maintenant, c’est de savoir si les gens vont écouter La prose du Transsibérien qui dure vingt-huit minutes. J’ai pensé que ça ne se faisait plus depuis des années et j’avais envie de transmettre. Musicalement, j’ai été fidèle à moi-même, en ne proposant pas le même album que le précédent. Je suis allé un peu plus vers le « rock ».

Vous appréciez cette liberté de pouvoir changer de style à chaque fois ?

J’aime explorer, travailler avec des gens, parler musique. J’ai de la chance car les jeunes aujourd’hui sont passionnés de musique et j’ai adoré collaborer avec Romain Humeau de Eiffel car on a énormément de points musicaux en commun. Niveau production, je trouve ça intéressant le changement. Il y a des mecs qui resteront toujours dans le même style, ils sont plus repérables que moi, mais c’est moins excitant.

Pouvez-vous nous parler du titre de l’album qui est une référence au vaudou ?

Baron samedi est un esprit vaudou des cimetières, mais je l’ai appelé ainsi car lorsque je suis allé en Haïti pour faire un reportage, après le tremblement de terre, j’ai vu des choses et je me suis fait messager de ces grands guerriers absents. Dans ce disque, je parle beaucoup d’artistes et de marginaux, ce sont ceux qui m’intéressent le plus.

On vous catalogue ou caricature comme un chanteur qui aime donner son avis et être engagé, cela vous correspond-il vraiment ?

J’ai toujours donné mon avis. Même si au final je décris plutôt une situation et ne suis pas le seul. Je ne dirais pas « engagé ». Dans Les mains d’or, j’ai écrit sur quelqu’un qui se retrouve à la rue à l’âge de cinquante ans et qui ne sera jamais réembauché, en se demandant s’il ne va pas perdre la tête. Malheureusement, je peux encore chanter ce morceau aujourd’hui. Et puis l’engagement n’est pas mon principal trait et travail, il y a beaucoup de poésie dans ce disque.

À propos de poésie pure, cet album s’ouvre et se ferme sur un poème, parlez-nous de vos rencontres avec ces deux textes.

Le second texte, ça fait très longtemps que j’ai envie de le mettre en musique. Quant à celui de Nazim Hikmet,  je l’avais appris par cœur il y a longtemps. J’ai des amis qui sont revenus de Syrie avec des reportages, et ça m’a fait repenser à ce poème et m’a donné envie de le mettre sur le disque. Je sais que ce texte fait peur à certaines personnes, mais il est réaliste.

Concernant La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France de Blaise Cendrars, l’adaptation a demandé beaucoup de travail ?

Ce fut long à faire, d’abord je scandais le texte de nombreuses fois sur un tempo précis car je pensais au train et il faut articuler. Je me suis aussi beaucoup renseigné sur la prononciation de certains noms de ville pour ne pas faire n’importe quoi. J’aime ce poème car il est prophétique. Les poètes croyaient en ce monde moderne en pensant que cela allait libérer l’homme, c’est le seul point sur lequel Cendrars s’est entièrement planté.  Cela n’a pas libéré l’homme, ça l’a plutôt rendu encore plus dépendant.

Vous présenterez ce nouvel album en tournée dès février avec notamment douze passages à l’Olympia, vous êtes impatient d’y être ?

Impatient de réinterpréter les chansons surtout. Car sur scène je ne vais pas les chanter de la même manière. Je n’aime pas reproduire l’album en concert, ça n’apporte rien. Le fait de faire douze Olympia, je peux les remplir car c’est une salle humaine. Le dernier rang voit si je suis ému ou si je ris, c’est LE Music-hall de Paris avec ces bonnes conditions. Je ne ferais pas Bercy par exemple car toutes les nuances des textes se perdent. Je ne suis pas certain que ça ferait plaisir à mon public de s’entasser là-dedans. J’ai une grande complicité avec eux et j’ai hâte de les surprendre avec mes idées. 

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Le Mediateaseur remercie Bernard Lavilliers de s’être arrêté chez nous pour sa promotion, nous sommes ravis d’avoir reçu un tel artiste.

L’album Baron samedi est dans les bacs, nous proposions ici le clip du single Scorpion et pour connaître les dates de la tournée, accédez au site du chanteur en cliquant ici.

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