Interview : La Maison Tellier

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À l’occasion de la sortie de leur quatrième album, Beauté pour tous, le groupe originaire de Rouen, La Maison Tellier, s’est arrêté sur Le Mediateaseur.

Helmut et Raoul sont revenus sur la création de nouvel opus.

Bonne lecture.

 

***** 

 

Bonjour,

Votre nouvel album Beauté pour tous qui vient de sortir est musicalement différent des précédents, était-ce prévu dès le début ?

Helmut : La country et la folk des précédents se retrouvent aussi dans ce nouvel opus, mais  il s’agit ici de Folk urbain. Je trouve cela intéressant dans le genre antinomique et qui fonctionne bien, car nous avons essayé d’emmener nos influences vers quelque chose de plus urbain, de plus européen. Nous avons décidé de certaines directions, comme de chanter uniquement en français, d’être un peu plus rock, et un peu moins country, c’est-à-dire moins d’éperons, de trompettes, de banjos et de mariachis. Nous avons essayé de varier. Nous voulions un album homogène, un mix cohérent de A à Z, des chansons qui pouvaient fonctionner entre elles aussi, contrairement aux albums précédents où des styles différents coexistaient. Ce n’était pas évident de s’y retrouver pour nous, et, à plus forte raison, pour le public. Sur une vingtaine de chansons, nous en avons gardé onze, celles qui nous semblaient aller le mieux ensemble. Nous avons conservé un fil conducteur, pas dans la thématique mais dans la voix et dans les arrangements. Nous avons réfléchi en amont et de manière plus globale que précédemment quand chacun pouvait apporter son idée et la coller avec les autres, parfois en un mariage contre nature.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour écrire et composer cet album ?

Helmut : Il y a des influences littéraires et cinématographiques dans l’écriture, elles transparaissent plus dans le sens où 100 % des chansons sont en français.  La première chanson a été inspirée par La faim du tigre de René Barjavel. La série Trône de fer m’a influencé dans certaines images, également l’écrivain Octave Mirbeau… Pour le titre Love Boat, cela m’est venu d’un livre de l’écrivain américain, Charles Williams, La mare aux Diams.  Ce point de départ a par la suite provoqué la rythmique, la façon d’écrire en alexandrin, de manière très figée. C’est aussi ce que nous avions en nous, tout simplement. Pour le titre Les beaux quartiers, je me souviens du film de Tavernier, L’appât, même si à l’arrivée nous sommes loin de cela, mais c’est une forme de déclic puis tout s’enchaine.

Raoul : Il est plus facile de s’exprimer sur les choses qui nous touchent par le biais d’un bouquin, d’un filtre, après cela transforme…

Pourquoi ce titre de Beauté pour tous » ?

Helmut : C’est un programme politique… très slogan. J’aime cette idée de se battre pour quelque chose, mais pas pour un programme politique, ni pour une cause précise. Parmi les propositions de titres pour l’album celle-ci est ressortie. C’est un pied de nez, un peu arrogant pour nous, une envie de nous mettre en avant. On est tous un peu orgueilleux individuellement, mais il y a sans doute une sorte de complexe. C’est un monde particulier que celui de la musique et l’idée d’affirmer que, ben oui ce disque est beau et tout le monde le trouvera beau, m’amusait.

Avec le titre Un bon français, diriez-vous que vous êtes plus engagé à présent ?

Helmut : Oui pour ce titre. On n’ira pas quand même militer ! Pour le coup,  ce n’est pas le fantasme d’une époque,  c’est la façon de la percevoir en faisant référence à une autre avec Le Corbeau pendant la deuxième guerre mondiale et cette notion de répétition de l’histoire. C’est aussi  quelque chose de présent dans d’autres chansons comme celle de L’Exposition universelle.

Raoul : Après ce n’est pas volontaire,  mais c’est très présent dans l’inconscient français depuis un moment, cela ressort parfois.

Helmut : Il a existé une tradition de chansons engagées dans les années 70, c’était peutêtre une résurgence de ça aussi. Je pense à Renaud qui le faisait avec une attitude intéressante justement, le fait de bien rendre compte de son époque sans forcement expliquer aux gens quoi penser. Je trouvais cela bien et je voulais faire cela plutôt qu’à l’exemple de Léo Ferré qui professait aux mecs dans la salle de faire la révolution, et qui repartait en Rolls. Pas très smart !

Vous disiez que l’anglais avait disparu de votre album ? Pourquoi cette nouvelle direction ?

Raoul : Cela participe de nos choix quand nous avons commencé à écrire l’album. C’était une contrainte intéressante. J’en avais marre d’avoir à justifier le non choix des albums précédents. Nous voulions faire coexister plusieurs chansons en anglais et  en français. Nous avions décidé de tout mettre à sur un pied d’égalité. Cela relevait de l’évidence donc pas facile à expliquer. Mais la question revenait assez souvent et c’était devenu un peu schizophrénique que de voir la Maison Tellier en Français et la Maison Tellier en anglais. 

Helmut : Quand nous avons commencé à écrire Beauté pour tous, nous souhaitions tirer les enseignements de l’album L »art de la fugue, un gros bazar espagnol avec pleins de chansons que l’on aimait bien mais qui n’allaient pas forcement ensemble, en tous les cas pas comme cela. Donc, le point de départ a été d’être cohérent et de choisir le français tout simplement. D’une part d’une manière pragmatique, car à priori quand on est un groupe français, il est plus facile de se faire entendre quand on chante en français et d’autre part, nous avons la chance d’avoir un auteur qui écrit de très beaux textes. Je me suis rendu compte très rapidement que cette contrainte, qui au départ m’avait fait peur par rapport à mon travail de compositeur, s’est révélée libératrice parce qu’elle impose un cadre. Nous avons écrit à deux pour la première fois, c’était stimulant et une façon également de se tirer des mauvais pas. Le choix du français,  s’est révélé payant au final.

Pas de titres en anglais, mais vous vous produisez prochainement à New York et Philadelphie, comment ces dates se sont mises en places ?

Raoul : C’est une première effectivement. Nous avons rencontré des personnes sur internet et c’est une concrétisation de ces relations. C’est une manière de commencer à zéro ailleurs. Nous n’avons pas de contraintes artistiques car personne ne nous connait. Nous verrons bien l’accueil qui nous sera réservé avec le répertoire du précédent et du nouvel album.

La Maison Tellier rêve de quoi avec ce quatrième album ?

Helmut : De continuer. Quand on arrive au quatrième album, en termes de fortune, d’honneur et de femmes, tu te dis qu’à nos âges, on n’arrête de se faire des films. C’est aussi cela Beauté pour tous, nous avons eu l’occasion de se dire « mais pourquoi on fait ça, nous pourrions avoir des boulots rémunérateurs, ce serait plus simple chez nous». Mais en fait, tu te donnes du mal pour sortir un truc, d’une certaine manière, c’est l’art pour l’art, tenter de trouver de la beauté, là où il n’y en a pas et si cela peut être perçu ainsi, alors tant mieux. Ce n’est pas une question de gloire ou d’honneur, mais voir que ce truc-là est ressenti de la même manière par d’autres, c’est plutôt plaisant. Cela se suffit à soi-même et tant mieux s’il y a une belle tournée, beaucoup de ventes, mais ce n’est pas une fin en soi. 

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Le Mediateaseur remercie Raoul et Helmut de La Maison Tellier d’avoir répondu à nos questions.

Le nouvel album Beauté pour tous est actuellement dans les bacs et vous pourrez applaudir le groupe le 12 mars 2014 au Trabendo, le Divan du monde de ce soir étant déjà complet.

2 thoughts on “Interview : La Maison Tellier

  1. très intéressant – sauf le cliché éculé de la Rolls de Léo Ferré

  2. Oui !! Ne pas cracher,svp,sur léo ferré : c’est l’artiste qui importe,pas sa rolls …..

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