Interview : Nathalie Rheims

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Après avoir donné notre avis ici sur Maladie d’amour, le nouveau roman de Nathalie Rheims, nous avons eu le plaisir de rencontrer l’auteur.

Un tête-à-tête fort sympathique dans son bureau, durant lequel nous avons évoqué le roman et son écriture, le cinéma et les projets à venir. Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à lire cet entretien que nous avons eu à le faire.

 

 

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Bonjour Nathalie Rheims,

Votre dernier roman Maladie d’amour est en vente dans toutes les librairies, êtes-vous contente de son accueil ?

Oui, je suis très heureuse de l’accueil de ce livre. Je suis toujours étonnée de constater à quel point les gens sont bienveillants avec moi depuis le début. Peut-être est-ce parce que je pousse ma petite pierre qui roule depuis quinze ans, sans trop y réfléchir, en écrivant ce dont j’ai envie, au moment où ça vient, sans chercher à faire trop d’effets ou à attirer l’attention sur moi pour autre chose que mon écriture. De ce fait, mon lectorat reste modeste, passionné et passionnel, et j’en suis très contente. Et année après année j’ai l’impression d’être bien accueillie. Je suis soit très bien accueillie, soit totalement ignorée par une certaine presse qui me juge plus par le milieu d’où je viens que par mes romans, mais cela me va très bien car du coup, ils ne sont pas méchants. Les gens qui me lisent sont très gentils avec moi et j’ai beaucoup de chance.

Ce roman est le quinzième de votre carrière, avez-vous besoin d’être productive ?

En fait, il y a un tel vide qui s’installe lorsque j’ai terminé d’écrire, c’est comme si mon ventre était vide et que j’avais très faim. Cette sensation devient donc vite très désagréable, et comme je n’ai l’impression d’exister que lorsque j’écris ou lorsqu’un livre sort, je me tiens à certain rythme. Il y a peut-être aussi le fait que j’ai commencé à écrire tard, à 39 ans, donc une fois que la soupape s’est ouverte et que la vapeur est sortie, j’ai compris que ma vie était là. Et depuis, mes plus belles rencontres se sont faites grâce à l’écriture

Vous n’appréciez pas trop qu’on réduise ce livre au sujet de l’érotomanie, comment en parleriez-vous ?

Il y a en effet le syndrome d’érotomanie chez Alice, et je sais que la presse n’a parlé que de ça, mais je trouve un peu simpliste de présenter le livre ainsi. J’avais envie de parler de cette paroi très mince qui existe entre l’amour fou et la folie. Par amour fou, certaines personnes sont prêtes à tout, comme traverser la moitié de la planète pour voir la personne aimée, ne serait-ce que deux heures. Généralement, il y a toujours quelque chose qui nous retient en haut de la falaise et on finit par se dire que si on continue on va tomber, et une forme de raison nous ramène à la réalité car si on franchit cette falaise, il est trop tard. Le deuxième sujet qui me paraissait important d’évoquer ici, c’est l’invention de l’amour, car même sans être érotomane, je trouve qu’on s’invente beaucoup nos histoires d’amour passion dans lesquelles il y a toujours un déséquilibre entre les deux personnes. Il y a donc ça dans le livre, avec, en filigrane, le fait que Camille ne soit pas aussi bien ancrée au sol qu’elle ne le croit et qu’on se demande jusqu’à la fin du roman si cet homme, dont Alice est amoureuse et qui va devenir un objet autour duquel les deux filles vont s’affronter, est coupable de quelque chose dans l’histoire.

Pouvez-vous présenter les personnages principaux aux lecteurs ?

Les deux personnages centraux, sont les deux amies Alice et Camille. Elles se sont connues très tôt, vers l’adolescence, Camille est une bourgeoise, elle a un mari notaire, elle va à la messe, c’est une bourgeoise classique mais sympathique. Alice, elle, a pris un chemin totalement différent, elle veut être actrice et jouer les grandes tragédies mais n’a que des petits rôles, on la sent très malheureuse et elle est très belle, c’est un élément très important. Ce sont leurs différences qui les nourrissent, Camille vit tous les fantasmes qu’elle ne réalise pas à travers les histoires d’Alice qui sont toujours des histoires d’amour malheureuses et qui se ressemblent.

Vous parlez de ces femmes avec passion et détails comme si vous les connaissiez, préparez-vous beaucoup les personnages avant la phase d’écriture ?

Et bien pas du tout. Je savais comment les personnages allaient être au départ, mais je ne fais pas de plan, ça m’est très personnel, car je m’aperçois que je me laisse totalement emporter par les personnages et qu’ils prennent le dessus. Ça peut paraître cliché de dire ça mais c’est vrai. Je ne sais jamais la veille où ils vont m’emmener le lendemain. Je savais exactement ce que je voulais raconter, mais je ne savais même pas comment j’allais terminer. On dit souvent que l’érotomanie se termine par la mort et je savais juste que je ne voulais pas ça pour mon final, mais celui qui est dans le roman m’est venu petit à petit à l’écriture.

Y a-t-il un peu de vous dans l’une ou l’autre ?

Oui pour les deux. Sinon je n’aurais pas pu les aimer autant. Je me sais aussi sage et raisonnable que Camille et j’ai en moi un potentiel de faire des folies que j’ai réussi à retenir plusieurs fois car je suis assez forte.

En plus de l’histoire, j’ai apprécié le fait que les paragraphes et chapitres soient assez courts, c’était quelque chose de voulu ?

C’était vraiment ma position de départ, oui. J’ai une tendance à être toujours très intériorisée et à parler de choses pas très drôles comme la disparition ou la mort, et là,  j’avais vraiment envie, comme pour Le cercle de Megiddo, de faire un roman simple avec des chapitres courts qui pourraient fonctionner comme un séquencier. Je voulais que les lecteurs puissent le lire comme on regarde un film, ce que ça deviendra sans doute car les droits ont été rachetés, et qu’il n’y ait aucun obstacle à la lecture, ni de besoin de revenir dix pages en arrière pour comprendre quelque chose. Mon éditeur me dit souvent que je suis avare de détails et c’est vrai, car mon obsession c’est de ne pas me perdre en route, et je sais que si moi je ne me perds pas, le lecteur ne le fera pas non plus.

Vous évoquez le cinéma, aimeriez-vous travailler sur le scénario ?

Non pas du tout. La plus belle leçon que j’ai reçue, c’est celle d’Anna Gavalda. Lorsque Claude Berri et moi-même avons acquis les droits d’Ensemble c’est tout, Claude lui a posé la question de savoir si elle voulait travailler avec nous et elle avait répondu une chose très sage : « non car vous allez forcément devoir enlever des choses ou en rajouter, ce n’est plus la vision de l’auteur mais celle du metteur en scène donc la sagesse est vraiment de rester au loin ». C’est pour ça je ne pourrais jamais produire un livre que j’ai écrit, d’autant plus que je trouve ça extrêmement prétentieux. Je veux que le metteur en scène s’empare du roman et possède sa propre vision qui ne sera pas nécessairement la mienne.

Et pour finir, vous nous parliez du besoin d’écrire, Maladie d’amour est déjà paru, avez-vous débuté le suivant ?

J’ai même déjà fini. Ce sera le texte d’un beau livre qui sort le 16 octobre chez Michel Lafon. Mon éditeur emblématique, Léo Scheer, qui compte plus que tout pour moi, m’a permis de faire cette fiction historique qui est toute l’histoire du cimetière du Père-Lachaise. Michel Lafon et Édouard Boulon-Cluzel m’ont proposé ce projet en me montrant les images d’un très bon photographe, Nicolas Reitzaum, qui a des photos très fortes. Le Père-Lachaise m’a semblé un sujet naturel dans la continuité de mes explorations diverses et variées autour de la mort et de la disparition. En revanche, n’étant pas historienne, j’ai construit une fiction dans laquelle toutes les histoires et anecdotes sont réelles. Et j’ai également commencé tout doucement mon nouveau roman prévu pour août 2015 et dont je ne dirai encore rien.

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Le Mediateaseur remercie Nathalie Rheims de nous avoir accordé un peu de son temps et de sa gentillesse. C’était un plaisir de discuter avec elle de son travail et nous ne pouvons que vous conseiller de découvrir Maladie d’amour paru aux éditions Léo Scheer.

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