Interview : Julien Neel

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Vous ne devez pas être nombreux à être passés à côté du phénomène Lou ! Cette jeune demoiselle venue du monde de la BD et qui a depuis pris vie sur petit et grand écran.

Derrière ce personnage, on retrouve son « papa », Julien Neel que nous avons eu le plaisir de rencontrer il y a peu de temps.

Celui-ci a accepté de revenir sur la création de Lou, sur ses méthodes de travail et sur le succès de son héroïne.

 

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Bonjour Julien,

Pouvez-vous revenir pour nous en quelques mots sur la naissance de Lou ?

Ce qui s’est passé, c’est que j’étais graphiste, je travaillais un petit peu pour Internet, et je faisais de l’animation. J’avais un site sur lequel je mettais quelques illustrations que je faisais vraiment pour le plaisir, sans penser un jour faire de la BD, car j’avais trop de respect pour ça.  Un jour, un éditeur est tombé sur le site et m’a demandé de travailler pour le magazine Tchô. J’ai donc évolué dans ces pages en commençant par des jeux, puis on m’a proposé de faire un album. Je venais d’avoir une petite fille et j’avais fait le constat qu’il y avait peu d’héroïne, donc c’est vraiment l’histoire de départ, vouloir raconter les histoires d’une petite fille en sortant un peu du gag, et puis je l’ai nourri d’éléments biographiques et l’univers c’est construit ainsi petit à petit.

Une fois l’histoire en tête, avez-vous trouvé le style des dessins rapidement ?

Je suis plus graphiste que dessinateur et mon seul souci était d’avoir un dessin le plus lisible possible, et qui serve le mieux mes propos. Comme j’avais cette histoire qui parlait de quelque chose de très doux, très vite j’ai supprimé le trait noir au profit d’un trait coloré pour avoir une espèce d’effet velouté, et ça a donné ce style. Tout simplement (rires).

Le succès du tome 1 a été assez rapide, vous vous souvenez du moment où vous vous en êtes rendu compte ?

Ca a été très rapide, et en même temps, entre le temps où l’on termine la BD, le moment où elle sort et celui où on a éventuellement des retours de bénéfices, il se passe de nombreux mois. Donc même si le tome 1 a bien marché, je n’avais pas d’indicateur direct sur mon compte en banque et j’étais persuadé que je ne ferais qu’un seul tome. Je n’avais pas du tout conscience du phénomène. C’est quand, au bout d’un moment, j’ai vu qu’il y avait des retirages, je me suis dit, ça parle à des gens, et c’est super de découvrir ça.

Il n’y avait donc pas encore du tout l’idée d’une série ?

A partir du moment où le 1 n’a pas été une catastrophe, le 2 s’est mis naturellement en place, et c’est à partir de là que j’ai commencé à penser série, et à me dire qu’il fallait que je commence à écrire sur un arc global. J’ai donc défini le nombre d’albums, à savoir 8, et j’ai structuré toute l’histoire pour que ce soit cohérent pour les enfants qui vont grandir en même temps que les albums.

Cette série, bien qu’elle soit pour enfant, est intelligente. Comment sait-on de quelle manière s’adresser à des enfants et se mettre dans la peau d’une petite fille ?

Quand on écrit sur un personnage féminin, il ne faut pas se focaliser là-dessus, parce que sinon ça fait un blocage et ça donne une accumulation de clichés. Avant tout, pour moi ce sont des êtres humains. Et dès le début, je savais que je voulais faire quelque chose dans le même esprit que ce que je lisais quand j’étais gamin, à savoir, qui a tendance à t’élever et non pas à te niveler vers le bas comme la télé-réalité. En tant qu’auteur jeunesse, on a une vraie responsabilité car il ne faut pas prendre les enfants pour des imbéciles, ni pour des gamins. Par exemple, il ne faut pas se censurer sur le vocabulaire, au contraire ils iront chercher les mots et c’est comme ça que le cerveau se forme.

Le tome 6 est paru en 2012, êtes-vous content de son parcours jusqu’ici ?

Oui, car le tome 6 était particulier, basé sur une période de la vie de Lou pleine de doutes et d’instabilité et c’était un peu perturbant pour les lecteurs. Bien sûr, il avait été écrit pour que dans le tome 7 il y ait la résolution. Le but était vraiment que les gens se posent des questions et soient surpris des réponses dans le prochain.

Où en est-il, ce prochain tome ?

Le 7 est en cours, il sortira je pense en novembre ou décembre.

Entre temps, il y a une série et un film, comment vivez-vous le succès de votre personnage ?

La première fois que j’ai dessiné Lou, je n’aurais jamais imaginé diriger Nathalie Baye dans un long-métrage, on ne peut pas. J’ai encore du mal à réaliser et j’essaie de ne pas penser au succès même entre chaque album car tu as une responsabilité, d’accord, mais il ne faut pas non plus que ça t’écrase. C’est pour ça que j’aime partir dans de nombreuses directions, ne pas rester dans une zone de confort et je pense que c’est ça qui plait dans Lou.

On se rencontre dans le cadre d’une séance de dédicaces avec vos lecteurs, c’est important pour vous ces moments ?

Oui c’est un grand bonheur car on fait un métier très solitaire sans retours directs. Tu as beau finir une belle case, tu n’as personne qui va t’applaudir ou te féliciter immédiatement, donc c’est un plaisir de rencontrer les lecteurs. Même si parfois ça me file un coup de vieux quand je vois des jeunes d’une vingtaine d’années qui me disent qu’ils me suivent depuis le début (rires).

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Le Mediateaseur remercie Julien Neel pour le temps qu’il nous a accordé. Les 6 premiers tomes de Lou !  sont toujours disponibles chez Glénat si vous désirez faire connaissance avec Lou !.

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