Interview : Kerry Hudson

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Il y a quelques jours a été remis à Kerry Hudson le Prix Fémina de la catégorie Roman étranger pour La couleur de l’eau paru aux Editions Philippe Rey.

L’auteure était sur Paris pour l’occasion et nous avons eu le plaisir de la rencontrer le lendemain de la cérémonie pour parler de ce très bon livre aux personnages attachants.

Un entretien à découvrir ci-dessous.

 

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Bonjour Kerry,

Vous avez reçu hier le Prix Fémina pour votre nouveau roman, comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

Très heureuse, même si c’est trop (rires). En particulier d’avoir un prix dans un pays qui n’est pas le vôtre, c’est extraordinaire, surtout à propos de personnages de classe ouvrière. Et je suis aussi un peu fatiguée car la remise de prix s’est fini tard hier.

Outre les éloges de la presse, faites-vous aussi attention aux retours des lecteurs ?

C’est un tel privilège que des gens lisent ce que vous écrivez, je suis toujours fascinée de voir comment ils interprètent ce que j’ai dans la tête. Donc oui, je fais très attention aux avis, je vais tous les jours voir ce qu’il se passe sur Internet.

Vous évoquiez la classe ouvrière d’où viennent vos personnages, c’est un rang social peu exploité dans la culture. Comment est venue cette idée ?

Je viens moi-même de la classe ouvrière, et quand on lit des livres, ou qu’on les écrit, on a envie de connaître le monde dans lequel on évolue. Je sais que les gens de la classe ouvrière ont autant de drames, de passions et sont aussi intelligents que les autres classes sociales. Alors pourquoi ne pas les mettre en avant.

Les héros sont nés de votre imagination, ou est-ce de l’observation ?

Alena, c’est un mélange de beaucoup de filles que j’ai croisées dans Londres. Pour Dave, j’habitais en face de ce « personnage ». C’était quelqu’un d’assez conséquent qui avait l’air très seul et il s’occupait chaque jour de son petit rosier. Souvent je le regardais, et je me demandais ce qui arriverait s’il tombait amoureux. Et voilà, c’est arrivé dans mon livre.

Une fois ces personnages en tête, l’écriture est-elle venue rapidement ensuite ?

Dès que j’ai eu les personnages, je me suis concentrée sur le décor, car je voulais écrire sur Hackney (Un district de Londres NDLR). Ensuite, je voulais que l’histoire d’amour sonne vrai donc douloureuse et difficile (rires). De là, a dérivé le reste de l’histoire.

On lit ce livre très facilement grâce à votre style d’écriture fluide, y a-t-il un travail fait là-dessus ?

Au départ, j’écris intuitivement, je n’ai pas étudié « l’écriture ». Mais après c’est un gros travail, car je reprends chaque phrase pour être vraiment précise et avoir le résultat voulu.

Je ne suis pas le seul Français à avoir apprécié cette lecture, quel rapport avez-vous avec notre pays ?

Je respecte énormément la culture littéraire d’ici, car elle est prise très au sérieux, je trouve. Là, la chose inattendue, c’est que le public français ait aimé des personnages de la classe ouvrière anglaise, je ne m’y attendais vraiment pas. Ca me fait aimer encore plus la France pour la curiosité des lecteurs.

Vous êtes en promotion pour La couleur de l’eau, terminé depuis un certain temps, êtes-vous déjà sur le projet suivant ?

Tout à fait, je viens justement d’envoyer mon troisième roman à mon agent avant-hier. C’est un roman de voyage sentimental en même temps que géographique. On voyagera de l’Europe Centrale en Palestine en passant par La Corée ou encore le Vietnam.

Un style différent donc ?

C’est sur les femmes et l’identité sexuelle, c’est différent, mais c’est toujours la classe ouvrière. Je dis toujours à mon éditeur que même si j’écrivais un thriller, les personnages viendraient de cette classe sociale (rires).

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Le Mediateaseur remercie Kerry Hudson pour sa disponibilité et sa grande gentillesse, c’était une rencontre très plaisante. Merci également à Florence Lévy-Paoloni pour son aimable traduction sur place.

Le roman La couleur de l’eau est paru aux Editions Philippe Rey, 352 pages, 20€.

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