Interview : Bénédicte Delmas

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Ce soir, France 3 diffusera Elles … les filles du Plessis, un téléfilm fort et très beau sur la gronde des jeunes filles mineures enceintes d’un centre d’accueil face à l’autorité.

La scénariste et réalisatrice, Bénédicte Delmas, s’est librement inspirée de ce fait réel et le résultat fait réfléchir et devrait toucher un large public, et non exclusivement féminin.

Afin de parler de ce beau projet avec elle, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Bénédicte, retrouvez l’intégralité ci-dessous.

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Bonjour Bénédicte,

Ce soir est diffusé sur France 3 le premier film que vous avez écrit et réalisé, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je me sens plutôt bien. Bien sûr, j’espère que ce film ne va pas se ramasser, car ce serait dommage. Pour l’instant, il a été plutôt bien reçu aux projections avec le public donc c’est chouette. J’ai vu les réactions et on a pu échanger. Après, j’espère qu’il trouvera son public à la télévision, car c’est un vrai film de service public et ce genre de film a une place dans le petit écran.

Lors de ces projections au Festival de la fiction TV de Luchon, il a reçu plusieurs prix, cela vous fait quoi ?

Honnêtement, je me foutais des prix, jusqu’à en avoir, et en fait je trouve ça chouette, surtout le prix du public. Moi j’ai écrit le film pour qu’il soit vu et qu’il alimente le débat sur la condition des femmes. Le fait que le public ait choisi ce film-là, ça m’a touchée. Ca donne également une visibilité au film et mon producteur est content (rires).

C’est ici un sujet fort et inattendu que vous traitez, comment est venue l’idée ?

Je lisais une biographie de Simone de Beauvoir, et dedans il y avait une allusion à la grève de la faim des jeunes filles mineures enceintes du foyer du Plessis Robinson. Je me suis demandé ce qui pouvait pousser des gamines en détresses à engager un bras de fer aussi violent avec leur directrice. J’ai donc rencontré l’auteure de la biographie, Claudine Monteil, et je lui ai demandé de me parler de cet événement, elle m’a renvoyée vers le Centre Simone de Beauvoir et j’ai pu y voir le film Les enfants du gouvernement, qui est une suite d’interviews des gamines de cette époque-là. Plus j’avançais, plus je me disais qu’il y avait un film à faire avec des héroïnes magnifiques à écrire.

Vous attendiez ce genre de sujet pour votre premier film ?

C’est vraiment cette histoire-là, le déclic. Quand j’ai compris qu’il y avait un film à faire, je me suis dit que j’allais l’écrire. J’ai donc appris le métier en faisant un premier document de 30 pages, il y a 10 ans déjà. Mais il n’était jamais au bon endroit et au bon moment et il a fallu attendre ma rencontre il y a 6 ans avec David Kodsi, le producteur, et qui a cru en ce film. J’ai donc bossé en suivant une formation de scénariste à la Femis, j’ai envoyé le projet au CNC qui m’a donné le fond d’innovation et on a décroché une convention d’écriture avec France 3.

Le fait qu’il soit programmé ce 8 mars, journée de la femme, cela vous plait ?

Je trouve que c’est une très bonne programmation, surtout le fait qu’il y ait un débat aussi derrière. C’est intéressant lorsqu’un film peut libérer la parole et alimenter le débat. Il prend ici tout son sens.

En plus de l’histoire, il y a aussi un très bon casting, a-t-il été facile à mettre en place ?

Le choix des comédiennes a été très long, avec le directeur de casting, on a vu toutes les comédiennes de Paris de cette tranche d’âge. Il fallait en trouver des formidables, mais aussi qui fonctionnent à 4 pour former un vrai groupe en ayant des jeux cohérents. La plus difficile à trouver a été le personnage de Claude jouée par Nastasia Caruge, la Réunionnaise, et j’ai mesuré combien les minorités étaient mal représentées dans le métier d’acteur.

On retrouve aussi Blandine Bellavoir que nous aimons beaucoup.

Blandine, c’est encore autre chose. Je l’avais rencontrée dans Plus belle la vie et elle était dans un coin de ma tête car c’était une actrice que je voulais retrouver, et j’avais écrit le rôle pour elle. Il a été beaucoup coupé à l’écriture pour ne pas être indigeste en 90 minutes, et j’étais déçue de ne pas pouvoir la laisser se déployer autant que voulu. Mais ça sera sur un autre projet.

Quel genre de réalisatrice êtes-vous, y a-t-il eu de la place pour l’improvisation par exemple ?

Je suis une réalisatrice très stricte. En tout cas sur ce projet-là, l’improvisation sur un film chorale, il faut faire très attention. Les personnages se définissent les uns par rapport aux autres et j’avais beaucoup travaillé avec les comédiennes avant le tournage.

Nous évoquions le bon accueil en projection, allez-vous faire très attention au chiffre d’audience ?

Oui, obligatoirement parce que c’est très important, dans le sens où France Télévision aime beaucoup ce film, maintenant il faut qu’il parle au plus grand nombre. Si on se ramasse, ça ne va pas les encourager à produire d’autres films comme celui-là.

A titre personnel, si le succès est au rendez-vous, pensez-vous que cela puisse vous aider à avoir d’autres projets intéressants ?

Ce que je me dirais si ça marche, c’est que je sais écrire et faire un film, et je voudrais continuer. Autant je crois au film, autant je suis incapable de regarder les gens droits dans les yeux en leur disant que je suis une scénariste et réalisatrice hors du commun, je ne sais pas me vendre. Donc une bonne audience me permettrait que les choses se fassent plus par elles-mêmes et j’aurais peut-être moins à prouver des choses.

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Le Mediateaseur remercie Bénédicte Delmas pour sa gentillesse et sa simplicité. Nous espérons vous avoir donné envie de regarder cette soirée sur France 3.

Elles .. les filles du Plessis, un téléfilm avec Sandrine Bonnaire, Blandine Bellavoir, Roxane Bret, Noémie Melant, Camille Aguilar et Nastasia Caruge.

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