Interview : Sophia Aram

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Sophia Aram a, comme on peut dire, plusieurs femmes en elle et sur scène cela se voit.

L’institutrice des tous petits vient de se suicider et il faut donc faire une cellule de crise avec plusieurs intervenants ayant connu la défunte. Sophia incarne à la perfection tous les personnages passant de l’un à l’autre avec un  ustensile magique que je vous laisse découvrir dans l’interview.

A la question peut-on rire à partir d’un sujet aussi sérieux, avec Sophia la réponse est oui car il n’y a pas un seul moment du spectacle où l’on n’ait pas le sourire. Un entretien réalisé entre 2 métros, dont une partie sur un banc, que je vous laisse découvrir.

 

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Pour commencer, peux-tu nous dire d’où t’est venue  l’idée de ce « one woman show » sur le suicide d’une institutrice ?

En fait, j’étais en train de chercher l’inspiration. Je faisais en même temps mes obligations de mère de famille et entre autres une réunion de parents quand mon fils est rentré en maternelle. Je suis arrivée là, et j’ai découvert un monde qui m’était totalement inconnu, celui des parents d’élèves stressés par la scolarité de leurs enfants dès la petite section de maternelle. En sortant je ne savais pas que les parents étaient devenus aussi flippés et je me suis dit honnêtement à la place de la maitresse je me mettrais une balle. Alors c’était au sens figuré et je l’ai mis au sens propre dans le spectacle.

En combien de temps as-tu écrit ce spectacle ?

Bizarrement ce spectacle a été écrit assez rapidement, en l’espace d’un mois j’avais la première mouture. Quand j’ai eu la trame je me suis totalement lâchée et j’ai construit toute cette histoire. Après pour la peaufiner et trouver les bons mots ça a été un peu plus long, mais l’écriture à proprement parlé assez rapide.

C’est un sujet un peu délicat sur le papier, as-tu réussi facilement à convaincre les « professionnels » de te suivre ?

En fait je n’ai pas eu besoin. Quand j’en parlais on me disait mais ca ne va pas, ce n’est pas drôle. Moi c’est vraiment ce que je voulais raconter comme histoire et du coup je me suis donné les moyens de le faire en toute autonomie et c’est le public qui a été la sentence. Le public ayant accepté cette histoire, les « pros » se sont ralliés

Tu interprètes de nombreux personnages, y en a-t-il un qui est ton préféré ?

Je les aime tous pour des raisons différentes et chaque soir il se passe des choses mais j’ai énormément de tendresse pour Mounir. Lui il est sincère, c’est un petit loulou de banlieue et c’est le seul à rendre un véritable hommage à la maitresse qui a été la sienne. Et celles avec qui je m’amuse énormément c’est la maitresse des petits, (la stagiaire inexpérimentée et immature) et aussi Farida car c’est mon bouquet final.

Où as-tu puisé ton inspiration pour la création des personnages ?

Je me suis inspiré de rencontres, pour des raisons évidentes je ne pourrais pas dire qui (rires). Je m’inspire de personnage, de traits de caractère de gens de mon entourage, de parents d’élèves et même de phrases que j’ai vraiment entendues à l’école.

Il y a un accessoire dans le spectacle auquel il fallait penser ce sont tes cheveux, comment t’est venue l’idée ?

C’est une idée qui est venue assez vite, déjà parce que j’avais les cheveux long et qu’il fallait que j’en fasse quelque chose et avant de les couper on s’est dit qu’il fallait un truc pour démarquer les personnages. C’est venu avec la maitresse des petits, en travaillant l’improvisation je me suis dit alors elle, c’est sûr, elle a les cheveux devant le visage. Après du coup je me suis dit, si elle, elle les a comme ça, une autre va les avoir différemment, la psy va avoir les cheveux détachés pour faire la séductrice, la directrice va tirer les siens en arrière. Pour Mounir j’ai utilisé un bonnet, je voulais le minimum de choses pour les faire exister et les cheveux sont venus naturellement. J’ai un souvenir, un jour une petite fille est venue me voir après le spectacle et elle m’a demandé où j’avais trouvé ma barrette magique et j’ai trouvé ça très mignon.

Tu joues aussi beaucoup avec le public sur l’improvisation, as-tu des anecdotes à ce sujet ?

Justement avec la barrette, un jour elle s’est cassée et alors je suis parti dans une impro qui a duré environ 5/6 minutes faciles sur la réparation de la barrette tout en expliquant les problèmes de nos jours car c’était fabriqué par des enfants et qu’ils travaillaient mal etc. Et à la fin tout le monde a cru que c’était dans le spectacle.

Pour ce travail tu as reçu de nombreux prix, est-ce quelque chose à laquelle tu prêtes beaucoup d’attention ?

En fait oui et non. Quand on démarre, avoir une reconnaissance quelle qu’elle soit, c’est encourageant mais après ça ne fait pas tout. Moi le prix qui a était assez déterminant c’était mon prix FNAC, on m’a permis de jouer pendant une semaine dans un théâtre, le prix c’était une semaine de show case durant laquelle j’ai pu faire venir de la presse et des gens. Ensuite je crois que ça dit quelque chose au public, que quelques personnes aient eu envie de me donner ce prix à moi qui suis une illustre inconnue.

Le 21 novembre prochain tu te produiras à Marrakech, pourquoi cette date particulière ?

En fait je joue à l’institut français de Marrakech. J’ai fait une tournée l’année dernière au Maroc qui s’est super bien passée avec un accueil formidable. J’avais joué à Rabat, Tanger, Fès, Tétouan et Agadir et je n’avais pas pu faire Marrakech. On m’a rappelé en disant qu’ils étaient frustrés et qu’il fallait réparer ça, en plus je suis d’origine marocaine donc ça fait toujours plaisir de rentrer jouer à la maison.

Pour celles et ceux qui ne pourront te voir sur scène, ils pourront se consoler avec le DVD.

Oui, je trouve que c’est important d’avoir un support et une trace de cette expérience. Ne serait-ce que pour moi, et aussi, on me l’a beaucoup demandé car beaucoup de gens ne vont pas au spectacle, c’est quand même super cher les places. Pour le prix d’une place on peut avoir le DVD, alors évidemment ça ne remplace pas le spectacle vivant mais c’est autre chose. En plus pour ce DVD j’ai mis beaucoup de cœur, les réalisateurs sont les gens avec qui j’ai fait ma première télé, on a préparé, répété ensemble, je connaissais tous les caméramans. C’était une affaire « familiale » de A à Z et c’était un vrai bonheur de le faire.

Les femmes humoristes ont tendance enfin à être plus nombreuses depuis quelques temps, quelle relation as-tu avec tes consœurs ?

En fait je n’ai pas de relation particulière avec les autres filles. On n’est pas une famille. Déjà on ne se croise pas beaucoup mais je suis super contente qu’il y ait de plus en plus de filles. Je pense déjà que le public est prêt à rire autant avec les filles, les barrières sont tombées depuis longtemps. On a vraiment des univers différents entre les filles et même avec les garçons et plus il y en aura mieux ce sera et il faut aussi beaucoup d’origines. Je pense à Isabeau de R. qui a ce regard très bourgeois et qui se moque de l’aristocratie comme le faisait Charlotte de Turckheim à l’époque et qui fait ça très bien. Moi je suis une fan de Julie Ferrier, elle est tellement libre, on envie toute sa liberté.

Tu sais ce que tu vas faire après la tournée ? Si le spectacle reprend à Paris ou non ?

Pas pour l’instant. En fait j’ai envie de faire un nouveau spectacle et je suis déjà en train de l’écrire. Avec cette histoire le DVD est sorti, ca va permettre au spectacle d’encore vivre un petit peu mais je ne veux pas m’enfermer dedans. J’ai envie de raconter une autre histoire et je pense revenir pour l’été prochain, à priori ca sera Avignon 2010.

Pour terminer y-a t-il un point que tu aimerais rajouter ?

J’ai envie de dire à vos lecteurs qui sont parents, lâchez les gamins (rires) pour leur bien être plus tard. Laissez-leur un espace de liberté.

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