Interview : Thomas Fersen

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Ce lundi est sorti dans les bacs Thomas Fersen & The Ginger Accident, le nouvel album studio de Thomas Fersen, comme son nom l’indique.

J’ai eu le plaisir de rencontrer l’artiste il y a quelques jours pour un entretien en toute décontraction chez lui, autour d’un café. Nous avons évoqué son travail sur ce nouvel opus et sa passion des mots.

J’espère que cela vous plaira autant à lire que j’ai aimé mener cette interview.

 

 

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Bonjour Thomas,

On se rencontre aujourd’hui pour la sortie prochaine de votre nouvel album, dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je suis plein de curiosité, comme avant un concert.  Qui vais-je rencontrer ? Comment ça va se passer ? C’est un peu une anxiété heureuse. Je suis aussi dans l’organisation du projet, en répétition, on fait la mise en scène des live,  on tourne des petits clips.  Je suis vraiment dans l’effervescence.

Est-ce toujours le même plaisir ou la même angoisse de proposer un album au bout du  neuvième ?

Il y a des choses effectivement récurrentes et ce n’est pas ce qui est le plus intéressant. En revanche, des choses sont différentes, pour plein de raisons, d’abord parce que le projet est différent, moi je change, c’est aussi une période intéressante car dans le secret commence à germer un projet futur. Quand je commence à dévoiler ce que j’ai élaboré dans l’ombre, j’ai un réflexe qui, lui, est systématique, c’est de m’enfuir ailleurs. Je m’en rends compte car je me suis surpris à relire,  à prendre des notes, ce que ces derniers mois je ne faisais plus.

Sur ce disque, on retrouve ce qu’on aime chez vous, à savoir de vraies petites histoires. En 25 ans de carrière, est-ce facile encore de se renouveler ?

En parlant des notes que je prends justement, ce ne sont pas forcément des idées de chansons, de thèmes ou d’histoires à raconter,  ce sont plutôt des formules qui sonnent, qui sont musicales et qui vont engendrer une chanson. J’essaie toujours de raconter une histoire, mais cela part toujours d’un point où il n’y a pas d’histoire, c’est la base du travail. C’est la musicalité du langage qui m’intéresse vraiment, ça m’amuse et ça m’exalte. Je n’ai donc pas de problèmes d’usure avec cette méthode, c’est un plaisir enfantin, j’ai toujours autant le goût du vocabulaire et ce plaisir à dire.

Vous n’êtes pas forcément nombreux à écrire ce style de chansons, est-ce que certains artistes vous ont inspiré et donné envie de partir dans cette voie ?

Pas nécessairement non. En fait oui, vous allez peut-être rire mais c’est la chanson paillarde. Elles racontaient des histoires, et la première chanson qui m’a donné une claque, au point que je la retienne spontanément, c’est une chanson paillarde. Il n’y a pas cette paillardise dans mes chansons, mais nous avons en commun la technique qui est de planter dans la première phrase, le temps, dans la deuxième, le décor, dans la troisième « qui ? » et tout de suite après l’ellipse. Je joue de cette ficelle-là, ainsi que de l’introduction dans certaines chansons de références historiques et le plaisir des prénoms.

Ce travail d’écriture vous prend-il beaucoup de temps pour une chanson ?

Ce qui prend du temps, c’est d’écrire l’histoire afin qu’elle soit fluide, ça, ça peut être long. Par contre, des graines d’idées, j’en ai trop. La fantaisie est délicieuse, mais quand il faut en faire quelque chose de « partageable », là c’est beaucoup de boulot.

Vous écrivez plus de chansons qu’il n’y en a sur les albums ?

Oui bien sûr.  Après certaines n’aboutissent pas et d’autres aboutiront plus tard. Il y a des chansons de ce disque écrites il y a au moins deux ou trois albums.

Ce plaisir d’écrire et ce plaisir des mots renvoient aux auteurs de romans. On dit toujours qu’il y a une part personnelle dans les livres, en est-il de même dans vos titres ?

Tout à fait. Il y a des choses qui sont entièrement personnelles mais à la fois tellement universelles. Ce côté-là apporte pour moi la  légitimité d’une chanson. Je ne peux pas faire quelque chose qui ne soit pas attaché à ma profondeur. Par exemple, la chanson Billy The Kid qui n’est pas sur l’album, parle de mon goût pour la chanson épique, pour le personnage et le western de mon enfance. À ce titre là c’est très personnel, car j’ai été structuré enfant avec ces goûts-là.

La réalisation de ce disque a été confiée à Cédric de la Chapelle, pouvez-vous nous parler un peu de votre travail commun ?

J’ai enregistré l’album en entier au Studio Garage comme pour le précédent. J’avais fait toutes les rythmiques, les voix, le piano, la guitare et ne restaient que les arrangements. J’ai tourné l’hiver dernier avec le conte musical Histoire du soldat, qui passait notamment par Villefranche-sur-Saône, et là, Alain Moreau, le directeur du théâtre me donne une compilation de musique actuelle. Je l’écoute et tombe sur Ginger Accident que je ne connaissais pas. J’ai d’abord été très surpris par la singularité du son, par le jeu,  par le parti pris et le mariage entre les instruments. Je me suis dit, là ça m’intéresse. J’ai oublié ma timidité et j’ai appelé Cédric pour lui proposer de travailler avec moi. Je lui envoie d’abord une chanson, puis trois autres, que le groupe a joué de son côté et c’était très proche du résultat qu’on a aujourd’hui. Je lui ai donc confié tout le reste et n’ai jamais été déçu des portes qu’il ouvrait constamment. Il est parti à Calcutta pour enregistrer les violons, pour moi c’était incroyable (rires). La dynamique de son projet et de son réseau m’a emporté, c’est exactement l’aventure qu’il me fallait pour cet album.

C’est un grand changement pour vous, pensez-vous qu’un artiste doit « prendre des risques » parfois dans sa carrière ?

C’est avant tout une histoire de désir. Tout s’use et se recycle. J’avais commencé ce disque de la même façon que le précédent et cela m’ennuyait un peu.  Quand j’ai eu cette ouverture, je n’ai pas hésité, je suis allé vers ce plaisir et après c’est contagieux.

Cela peut donner des idées pour la suite et le projet secret évoqué plus haut ?

En tout cas je sais que mon travail avec Cédric n’est pas terminé.  Je ne sais pas quand, car lui-même est très occupé, mais il a encore beaucoup de ressources et nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

Est-ce que Ginger Accident sera présent avec vous sur scène ?

Non, je leur ai proposé et Cédric m’a répondu, à juste titre, qu’ils ne sont pas un backing-band. Ils ont fait quelque chose d’exceptionnel pour moi et c’est tout. En revanche, les cuivres d’ArtDéko qui sont sur l’album partent, eux, avec moi en tournée. Cédric m’a aussi présenté un batteur et un bassiste. Pierre Sangra, qui m’accompagne depuis vingt ans, fera les guitares et Lionel Gaget qui m’accompagne depuis quelque temps, qui joue avec moi des claviers, puis de la batterie  sur la dernière tournée, revient jouer des claviers cette fois-ci.

J’imagine que vous avez hâte de présenter ce disque en tournée ?

Oui car pour l’instant, je regarde cette machine, j’ai envie de la lancer, de rouler avec et de la conduire.

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Le Mediateaseur remercie Thomas Fersen que nous avons été ravis de recevoir pour la deuxième fois déjà en interview. Son album Thomas Fersen & The Ginger Accident est un petit régal pour les oreilles et nous vous le conseillons.

Pour connaître les dates de sa tournée, rendez-vous sur son site officiel en cliquant ici.

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