Interview : Gilles Paris

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Gilles Paris est un auteur très apprécié à la rédaction.

Celui-ci vient de publier L’été des lucioles aux éditions Héloïse d’Ormesson que nous avons chroniqué ici.

Fidèle l’un à l’autre, c’est tout naturellement que nous avons convenu d’une rencontre pour évoquer la création de ce nouveau roman.

Bonne lecture,

 

 

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 Bonjour Gilles,

Tu es l’auteur de L’été des lucioles, vu les retours très positifs, j’imagine que j’ai un homme heureux en face de moi ?

Tu as un homme heureux absolument.  J’ai commencé une tournée des librairies qui se passe bien et c’est toujours un bonheur pour moi de rencontrer les lecteurs et de lire les chroniques des blogueurs. Je fais attention à eux, ils me le rendent bien, c’est plaisant de voir à quel point ils sont capables d’écrire des chroniques qui dépassent largement celle de la presse nationale, et ce n’est pas surprenant.

Ton précédent roman Au pays des kangourous fut un joli succès, est-ce qu’on y pense à l’écriture du livre suivant ?

Je suis très éloigné de ça et c’est quelque chose à laquelle je ne pense absolument pas. J’ai envie de me faire plaisir sur chaque livre. C’est vrai qu’après Au pays des kangourous, qui évoquait la dépression à travers les yeux d’un enfant, qui avait beaucoup de résonance autobiographique, j’avais envie d’écrire quelque chose de plus léger et d’insouciant. Un livre qui garderait mon empreinte à la fois grave et légère, mais pour une fois plus légère que grave. J’étais à 100 % dans cette écriture et je ne pensais ni aux lecteurs, ni à la promotion. On commence à s’y pencher au moment où on gère le service de presse avec la maison d’édition.

Comment t’es venue l’idée de raconter les vacances de ce petit Victor ?

Au départ, j’avais simplement couché sur une feuille quelques mots et quelques phrases, bien avant d’entamer le synopsis. J’avais marqué « été », je voulais que ça se passe au cours d’un été particulièrement caniculaire. J’avais noté aussi « chemin des douaniers » c’était très important pour le roman car c’est un terrain de jeu formidable pour les enfants, c’était une condition sine qua non. J’avais aussi noté « légèreté ». C’était vraiment les trois maîtres-mots au départ. Après, j’ai cherché des chemins des douaniers dans plusieurs villes de France et quand j’ai découvert celui de Roquebrune Cap Martin, je me suis saisi de cette histoire des villas et j’ai aimé l’atmosphère très particulière qui s’en dégage.

L’histoire est une fois de plus racontée par un jeune protagoniste, c’est un exercice qui te plait ?

Ça me plaît énormément. Peut-être qu’un jour je prendrai la voix d’un adulte pour m’exprimer, mais j’ai encore d’autres sujets pour continuer sur cette verve-là qui est une langue que je maîtrise très bien. Pour L’été des lucioles, je deviens réellement Victor, je pense comme lui, je réfléchis comme lui, j’essaie de retrouver en moi les émotions d’un enfant de neuf ans. Il y a des petites différences entre Victor et les autres narrateurs, celui-ci est un peu plus futé et malin. C’est une sorte d’écrivain en herbe qui rédige lui-même « L’été des lucioles « pour raconter ce qui s’est passé, et que son écrit arrive dans les mains de sa mère qui est libraire. En revanche comme les autres, il ne juge pas, il  a deux mamans et on a l’impression que de son point de vue, c’est aussi naturel que le soleil dans le ciel. Il n’y a pas de jugement et j’aimais bien que cette idée-là soit totalement intégrée dans le roman, afin que, comme Victor, on trouve cela absolument logique, ce qu’il l’est d’ailleurs.

Ce style d’écriture t’apporte plus de liberté ?

Oui car ça me donne ainsi la distance nécessaire. Je suis quelqu’un d’assez pudique et je n’ai pas tellement envie de m’exprimer de façon intrusive. Grâce à ce procédé, on peut parler de choses graves de manière légère, évoquer des thèmes qui sont dédramatisés par la voix de l’enfant.

Est-ce qu’il y a un peu de toi dans ce personnage ou dans les vacances évoquées ?

Avec Au pays des kangourous, j’avais entamé quelque chose d’autobiographique, non seulement à travers les dépressions que j’ai connues, mais je parlais aussi de Majorque où j’ai passé mes vacances étant enfant. Donc il y avait beaucoup de moi. Ici, seul ce que j’appelle « mon cercle intime », composé de personnes très proches, reconnait les éléments autobiographiques car il fait parti intégrante de mes romans. Les attitudes du père de Victor par exemple ressemblent à celle de quelqu’un qui m’est très proche. Je puise beaucoup dans le quotidien et la vie des gens que j’aime. On peut dédier un roman à une personne qu’on aime, mais la plus belle façon de le faire c’est d’inclure la personne dedans.

Les personnages ont tous un vrai caractère et un rôle bien défini, est-ce que tu les travailles avant le début de l’écriture ?

Les personnages se construisent vraiment pendant l’écriture du roman. Toute ma vie est très organisée à côté de l’écriture et j’aime bien qu’en tant que romancier ça ne le soit pas. Je me suis amusé, car j’ai beaucoup plus de personnages que d’habitude, et je voulais que les personnages « secondaires » soient aussi reconnaissables que les principaux. Je voulais qu’on s’attache à la Baronne, à la gardienne Rosita, et pourquoi pas à Lorenzo.

Pari réussi et on s’y attache comme le prouve l’accueil, as-tu déjà une petite idée pour le successeur de L’été des lucioles ?

J’ai trois idées de romans pour être exact et je ne sais pas par laquelle commencer. Je vais voir ça prochainement avec mon éditeur, car les trois idées sont très différentes. On retrouvera donc un narrateur de neuf ans, mais la difficulté  est à chaque fois d’écrire un roman très différent du précédent, car je ne veux pas que cette forme d’écriture et cette envie de parler à travers la voix d’un enfant, puissent lasser. C’est à la fois ma grande angoisse et mon grand pari que d’arriver à construire des romans différents, mais dans lesquels on reconnaisse une sorte de petite musique qui identifie l’auteur.

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Le Mediateaseur remercie Gilles Paris pour son temps, sa gentillesse et sa fidélité. L’été des lucioles, paru aux éditions Héloïse d’Ormesson est déjà disponible et nous vous incitons vivement à le découvrir.

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