Interview : Raf

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Raf est l’une des rares mangakas en France. Etre une femme et en plus choisir ce style de dessins font d’elle une personne atypique que Le Mediateaseur avait envie d’interviewer pour vous.

C’est à l’occasion de la sortie du Tome 3 de Debaser que Raf a accepté de répondre à mes questions en toute sincérité et avec une grande gentillesse. Elle ouvre ainsi la série d’interviews proposées à l’occasion du dossier spécial Festival d’Angoulême.

Bonne lecture.

 

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Bonjour Raf,

Le tome 3 de Debaser vient de sortir, pouvez-vous nous parler de l’envie de départ de cette histoire ?

L’idée était de situer l’histoire dans le quotidien des lecteurs français, en France (Paris plus précisément). Le thème de la rebellion et de la remise en question du système est bien ancré dans la mentalité française et c’est d’autant plus actuel depuis quelques années. J’ai choisi d’adapter ces thèmes sur fond de rock car c’est un style musical que j’aime depuis longtemps.
Pour le volume 3, le thème est axé sur les médias et la désinformation, c’est un problème actuel en France, d’autant plus que chaque année, le classement de la France dans le rapport de Reporters sans Frontières baisse.

Debaser est un manga, avez-vous commencé le dessin directement par ce style ?

Oui, je suis de la génération Club Dorothée et j’ai grandi avec ces dessins animés et les mangas édités très tôt en France (Akira, Dragon Ball, Ranma ½, GUNNM, etc…). Quand j’étais enfant, je lisais Spirou Magazine mais à l’adolescence je n’ai pas trouvé dans la production française de thèmes identificatoires. Comme beaucoup de jeunes lecteurs je me suis retrouvée dans les mangas, plus proches du quotidien et plus énergiques.

Y a-t-il des mangakas qui vous ont inspirée ou de qui vous aimez beaucoup le travail ?

Akira Toriyama (Dragon Ball, Dr Slump …), Eiichiro Oda (One Piece), Rumiko Takahashi (Ranma ½ …) pour les mangas, et le studio Gainax (Evangelion, FLCL, Gurren Lagann …) pour les dessins animés, entre autres.

Il y a peu de mangakas français, avez-vous réussi à proposer vos idées assez facilement ?

Non, difficilement. Très peu d’éditeurs français osent le manga français, il n’y a pas encore d’assurance que ça marche auprès des lecteurs friands de produits locaux japonais. Il y a d’une part une frilosité extrême des éditeurs et d’autre part une exigence d’ « authenticité » des lecteurs. On a le cul entre deux chaises : les mangas français proposent des histoires « locales » (situées souvent en France, avec des personnages au caractère « français », donc logiquement plus proches du lecteur) mais nous n’avons pas la maitrise technique des Japonais. Pour ma part, j’ai eu la chance de rencontrer Run (auteur de Mutafukaz chez Ankama et directeur de collection du pôle édition) qui a eu un coup de coeur et n’a pas hésité à prendre le risque de publier une BD hybride. Comme les mangas sont très répandus en France depuis plus de 15 ans, j’imagine qu’il y aura, statistiquement, de plus en plus de dessinateurs français au style « manga ».

Les  personnages ont tous un caractère bien défini, y en a-t-il un dans lequel vous vous retrouvez le plus ?

Les caractères des personnages sont définis par rapport aux besoins narratifs de l’histoire : Joshua est un garçon impulsif qui agit sans réfléchir tandis qu’Anna pose des questions. C’est plus dans le personnage de Nathan, le frère de Joshua, que je laisse libre cours à des délires moins narratifs.

Les références dans l’histoire sont très actuelles, c’est une spécificité que vous vouliez donner à Debaser ?

Malgré toutes les qualités qu’ont les mangas japonais, ils se situent au Japon, avec des pans de culture japonaise et des héros aux comportements japonais. C’est très exotique et rafraichissant, et les mangas japonais sont porteurs de messages universels, mais les Français ne sont pas Japonais et je trouvais plus intéressant de parler de la vie quotidienne et des références culturelles de la France.

Avez-vous déjà pris le temps de penser à la suite des aventures de Joshua, Anna et les autres ?

J’ai en tête la trame jusqu’à la fin de la série mais je laisse chaque volume ouvert pour y ajouter des éléments d’actualités.

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Merci beaucoup à RAF de m’avoir fait le plaisir et l’honneur d’accepter cette interview. J’espère que cela vous donnera envie de découvrir l’univers de Debaser. Les 3 premiers tomes sont disponibles aux éditions Ankama.

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