Interview : Christophe Kourita

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Le Mediateaseur vous proposait ici il y a quelques jours, une très bonne critique sur le tome 1 de Diabolica  de Christophe Kourita.

Cette lecture ayant fait naître en nous des questions, nous avons eu le plaisir d’obtenir les réponses par le créateur en personne de cette encyclopédie. Un auteur qui se fait discret, ce qui explique que nous n’ayons pas de photo à vous proposer.

C’est grâce à la magie du net que nous pouvons vous offrir cet entretien qui revient directement du Japon.

Bonne lecture.

 

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Bonjour Christophe,

Vous venez de publier chez nous le premier tome de Diabolica, une encyclopédie des Yôkai Français. Pouvez-vous expliquer rapidement à nos lecteurs ce qu’est un Yôkai ?

Les yôkai sont au Japon, des êtres imaginaires, dont certains sont issus de la mythologie japonaise, des superstitions ou des interprétations de phénomènes étranges. Certains ont des formes humaines d’autres de monstres, de « bêtes » ou même d’objets. Ce que j’ai pu constater dans toutes ces histoires de yôkai, c’est qu’ils sont en relation étroite avec la vie locale. C’est ce que j’appellerais le côté « terroir ». C’est pourquoi, on retrouve dans ces histoires de Yôkai, un élément « pittoresque » et « nostalgique ». J’interprète l’absence ou la pauvreté de ce genre de créatures en occident, en comparaison avec le Japon, du fait de la forte présence de la religion chrétienne. Tout ce qui est surnaturel a sans doute été expliqué par le biais du « Diable » pour les malheurs ou de « Dieu » pour les miracles. Les Japonais, croyant en plusieurs divinités et en la présence d’une âme dans tout être et élément naturel, ont naturellement fait travailler leur imagination et ainsi créé leur « bestiaire » de yôkais.

 Vous présentez dans ce livre votre propre bestiaire. Avez-vous réussi facilement à vendre votre idée et à vous faire publier ?

Je ne dirais pas facile, mais il est vrai que le concept a tout de suite accroché mon éditeur japonais. C’est un thème que les japonais adorent, et il est vrai qu’on ne peut pas écrire ce genre d’histoires sans connaître le « terrain », donc la France.

De quelle manière avez-vous procédé pour créer les « personnages » et les légendes les entourant ?

Au début, j’avais le concept. J’ai commencé à créer des planches d’illustration de différents yôkai, en tenant compte du lieu où il apparaîtrait, et en imaginant les pouvoirs, ou la particularité qu’il aurait. J’ai dû en créer une bonne soixante dizaine, avant de les montrer à mon éditeur. Je me suis acheté ma collection de guides touristiques sur les régions françaises, et j’ai essayé de créer des histoires en mélangeant tous ces éléments, et bien sûr, en m’inspirant des histoires de yôkai japonais que je lisais dans mon enfance.

Vous avez trouvé rapidement à quoi vos Yôkai allaient ressembler ?

J’avais déjà des références de yôkai japonais, mais après, je faisais travailler mon imagination, en gribouillant. Et, une chose bien pratique pour les gros myopes comme moi, c’est qu’en enlevant mes lunettes, et en regardant mes gribouillis, je vois, dans ces dessins flous, encore d’autres formes, et d’autres yôkai apparaissent !

Depuis quand travaillez-vous sur ce projet ?

La première fois que j’ai eu l’idée, c’est il y a environ 15 ans, lorsque Otomo, l’auteur du manga d’« Akira » m’a posé la question,  « Y a-t-il des yôkai en France ? ». Depuis, il a fallu un certain temps pour que l’idée mûrisse, et j’ai commencé à dessiner mes premiers croquis il y a 5 ans de cela.

Ayant eu un coup de cœur, nous attendons déjà impatiemment une suite. Avez-vous déjà commencé à travailler dessus ?

J’ai déjà dessiné presque une quarantaine d’histoires. Le tome 2 est prévu pour le printemps prochain.

Si oui, pourrions-nous avoir un exemple de Yôkai à venir ?

Vous trouverez les noms sur mon site personnel (kourita.com), mais vous avez par exemple « Le marchand de paresse » de Cahors, le « feu furieux » du Var, le « Grand Picolo » du Beaujolais, etc…

C’est une « encyclopédie » que vous aimeriez continuer sur plusieurs tomes encore ?

Je compte bien faire une centaine d’histoires pour la France, puis ensuite m’étaler sur les autres pays d’Europe. C’est bien une grande encyclopédie des Yôkais d’Europe que je veux créer.

Votre travail est approuvé par Jirô Taniguchi, je suppose que c’est important pour vous cette reconnaissance ?

Bien sûr. Je connais Mr Taniguchi depuis presque 20 ans, et il m’a toujours encouragé dans mon travail.

Serait-il envisageable que Diabolica puisse être commercialisé au Japon ?

« Encyclopedia Diabolica » est d’abord paru dans un web-magazine au Japon. Il serait logique que l’album y soit commercialisé.

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Le Mediateaseur remercie encore une fois Christophe Kourita pour le temps qu’il nous a accordé. Encyclopédia Diabolica Tome 1 est toujours disponible aux Editions Ankama.

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