Interview : Gilles Paris

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Nous vous avons chroniqué ici en début de semaine Au pays des kangourous, le nouveau roman de Gilles Paris, paru aux éditions Don Quichotte.

Avec un sujet si rare que la dépression en toile de fond et une histoire qui nous touche tant, vous vous doutez bien que nous avons eu envie de poser quelques questions à l’auteur, et celui-ci a accepté très rapidement d’y répondre. Voici donc ci-dessous l’intégralité de notre entretien réalisé dans les bureaux de Gilles Paris quelques jours avant la sortie en librairie.

Bonne lecture.

 

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Bonjour Gilles,

Nous sommes un petit peu avant la sortie de votre 3ème roman, Au pays des kangourous, je veux vous demander tout simplement comment vous sentez-vous ?

Je me sens relativement serein parce que j’ai la chance d’avoir une occupation quotidienne en dirigeant une agence de communication. On a notamment pas mal de gros lancements en ce moment, ce qui fait que je ne suis pas comme un romancier qui attend près d’un téléphone que son attaché de presse l’appelle, loin de là. Je mentirais si je ne vous disais pas qu’il y a une légère appréhension quant à l’accueil du livre mais j’ai un éditeur qui a formidablement bien travaillé avec moi (Stéphanie Chevrier des éditions Don Quichotte) et qui surtout a eu le livre très en amont, ce qui fait qu’on a mis en place plusieurs services de presse à différents stades et on a eu beaucoup de retours déjà donc je suis assez serein.

Le sujet principal de votre roman est la dépression, sujet très rarement traité, comment vous est venue l’idée ?

Oui, on peut dire que le thème principal est la dépression, ou plutôt ce qu’elle implique sur l’ensemble des personnages du roman. Ca part d’un sujet autobiographique ayant vécu moi-même 3 dépressions assez graves, et j’avais envie d’en parler mais par un biais détourné. Je ne voulais pas faire un récit à la première personne et aussi d’en faire sourire, non pas de s’en moquer bien sûr, mais de la faire un peu mieux accepter dans la société d’aujourd’hui, car la dépression est un mot qui fait toujours peur. Et le ton un peu humoristique, c’est la meilleure manière pour moi de faire comprendre aux gens qu’il ne faut pas en avoir peur.

Le fait de le faire « vivre » par un enfant de 9 ans s’est imposé rapidement ?

Ca me paraissait intéressant car un enfant de 9 ans ne sait pas ce que c’est. En plus dans le livre, c’est un enfant qui appartient à une famille on va dire bourgeoise, ils habitent un grand appartement au Trocadéro dans le XVIème arrondissement de Paris, le père est nègre et il assume complètement, il n’a aucune ambition littéraire et ça lui permet de passer du temps avec son fils, et la mère de Simon est une femme très active qui a réussi à obtenir un poste très convoité au loin et qui voit assez peu son enfant. Simon ne comprend rien à la dépression, surtout que les adultes se gardent bien de lui expliquer ce que c’est.

L’histoire débute avec Simon qui découvre son père dans le lave-vaisselle, là aussi j’ai envie de vous demander comment vous est venue cette idée ?

Le point de départ du lave-vaisselle, là aussi c’est autobiographique. C’est quelque chose que j’ai fait, et c’est l’endroit le plus improbable pour se cacher dans une maison, j’avais en effet retiré les paniers et m’étais caché à l’intérieur. C’est un point qui me paraissait très fort pour démarrer le roman car c’est une image forte et qui imprègne.

En parlant d’image, on se les crée facilement en tête avec votre style d’écriture, est-ce que c’est quelque chose que vous travaillez ?

L’écriture est assez naturelle. J’ai commencé à écrire, je devais avoir 11 ou 12 ans, car il y avait des choses que je n’arrivais pas à dire à cet âge-là et je trouvais qu’il était plus agréable de les écrire sur le papier. J’ai donc débuté un journal très tôt et très vite est venue l’idée d’écrire des nouvelles. Et dans ces écrits, je me mettais toujours dans la peau d’un enfant, ça donnait une distance à mon écriture. Quand on utilise ce langage de l’enfance qui est très poétique et imagé, cela donne une langue très très riche, j’ai essayé d’avoir une écriture un peu plus adulte mais je n’y arrive pas en dehors des lettres ou des communiqués de presse pour mon travail.

Des images, on en a aussi beaucoup avec les rêves de Simon écrits en italique. Est-ce que ces passages sont là un peu pour alléger l’histoire et le thème ?

Je ne sais pas si ça l’allège, c’est gentil de me le dire. Simon est un enfant unique c’est très important dans le sujet, et les enfants uniques, ce que je n’étais pas, sont des enfants un peu plus repliés sur eux-mêmes qu’un enfant qui va s’épanouir entre des frères et soeurs. Tandis que Simon, qui est un enfant au départ presque comme les autres, joue à la console, aux jeux de société, il a son ami Jérémie, il se pose beaucoup de questions et il s’est inventé un jeu d’adulte. Il a cette faculté de pouvoir rêver comme il le veut, allongé, debout, dans la rue … Il convoque les rêves et je pense que c’est la part adulte de Simon, même si je n’y ai pensé qu’après l’avoir écrit.

Sa mère au loin et son père hospitalisé, Simon est tout de même bien entouré par sa grand-mère qui s’occupe de lui et ses copines les « sorcières » que l’on aimerait avoir comme amies.

Oui, il a une grand-mère, Lola, qui est absolument incroyable, qui est une femme flamboyante, rousse, qui aime mélanger les couleurs et qui est entourée d’amies d’enfance dont une a fait de la prison, une autre a été acrobate, elles ont toutes un destin et une histoire incroyable. Et elles sont là toutes pour donner un coup de peps à l’histoire et une fraicheur autour de Simon. Simon adore cette grand-mère qui, je dois le dire, est le portrait craché de ma grand-mère paternelle.

Et à côté de cela, il a également cette relation particulière avec Lily.

Lily, c’est une petite enfant autiste même si ce mot n’est jamais prononcé tout au long du livre. C’est une enfant étrange que Simon va rencontrer dans les différents hôpitaux où est hospitalisé son père, il ne la verra jamais à l’extérieur et on comprend assez vite qu’il est probable que cette enfant n’existe pas. Vient-elle de son inconscient ? Est-elle comme ses rêves qu’il convoque ou est-elle autre chose ? Car sans dévoiler trop l’histoire, à un moment donné son père évoquera le personnage de Lily dans une confession lorsqu’il ira mieux.

Car il faut le dire, sans tout gâcher, mais le final de ce roman est assez joyeux.

Ca, c’est mon esprit, tous mes romans se terminent comme ça, j’adore ce genre de fin. Quand j’étais petit, je me souviens, on me faisait lire les Contes et légendes, c’était des petits livres qui se terminaient toujours par « ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Moi je me posais des questions sur le mariage et avoir beaucoup d’enfants et c’était pour moi le comble du bonheur. Je crois que j’ai gardé en moi cet esprit qu’une fin de livre ou de film est très bien en happy end. Il faut donner quelque chose aux lecteurs pour montrer que non seulement on peut s’en sortir mais même bien s’en sortir, j’y crois beaucoup.

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Le Mediateaseur remercie une fois de plus Gilles Paris pour son temps et sa grande amabilité. Au pays des kangourous, publié aux éditions Don Quichotte , est disponible dans toutes les bonnes librairies, n’hésitez pas à vous le procurer.

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