Interview : Marc Syrigas

Ce soir Canal Plus diffusera L’affaire Gordji, histoire d’une cohabitation dont je vous ai fait ici la critique samedi dernier.

Le scénario de ce téléfilm a été écrit par Marc Syrigas, et pour mieux connaître son métier et sa manière de travailler notamment sur ce projet, j’ai eu l’occasion de lui poser quelques questions. J’espère que cela vous intéressera autant que moi.

Bonne lecture,

 

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Bonjour Marc,

Pour débuter cet entretien, pouvez-vous nous dire tout simplement comment vous êtes devenu le scénariste de L’affaire Gordji, histoire d’une cohabitation ?

En fait, c’est une sorte de commande. C’est David Kodsi, le producteur, qui avait dit à Canal Plus qu’il avait un truc sur l’affaire Gordji. Il m’a ensuite raconté ça avec les détails dont il se souvenait, notamment que Gordji s’était reclus dans l’ambassade pendant une semaine. J’ai fouillé un peu et je me suis aperçu que c’était une affaire liée directement avec les attentats de la rue de Rennes de 1986. J’ai donc commencé à travailler là-dessus mais il fallait un angle, car raconter l’histoire telle qu’elle était avec les différentes strates ça ne suffisait pas. Je me suis beaucoup documenté, j’ai lu beaucoup de livre et je me suis rendu compte que c’était un film sur la cohabitation en faite que j’avais envie de faire, qu’il tourne autour de Chirac et Mitterrand.

Entre les recherches, les lectures et l’écriture, combien de temps vous a pris l’élaboration de ce scénario ?

Je dirais que du moment où j’ai donné mon accord de principe, au moment où ça a été tourné, il s’est passé à peu près 3 ans. C’est un délai long mais évidemment ce n’est pas 3 ans à plein temps. J’avais terminé le scénario depuis au moins 6 bons mois avant que Guillaume Nicloux, le réalisateur, donne son accord. Il y a eu 3 ans aussi car on aussi pris le temps de se connaître avec les gens de la création originale de Canal Plus car ce n’était pas le cas.

Avez-vous fait des rencontres ou des interviews avec des protagonistes liés de près ou de loin à cette histoire ?

Non, j’avais un conseiller qui était Pierre Péan, qui connaît pas mal l’affaire, j’avais rencontré un policier, sinon j’ai beaucoup lu.

Comme c’est une histoire vraie, est-ce qu’il y a beaucoup de travail de scénariste tout de même ?

Oui, il y a du travail de scénariste, heureusement, sinon juste avec la réalité ça aurait duré plus longtemps et ça aurait été ennuyeux (rires). Comme ce n’était pas un documentaire, il a fallu choisir de ce que j’allais parler ou non et trouver le bon angle.

Vous aviez le scénario avant d’avoir le nom du réalisateur, est-ce que vous avez ensuite réécrit l’histoire à 2 ?

Là, c’est justement un cas particulier. C’est un film de télé mais c’est fait comme  un film de cinéma, c’est à peu près le budget d’un film de ciné. Guillaume Nicloux fait essentiellement du cinéma, ce sont des acteurs de cinéma. Généralement quand on travaille pour le cinéma, on écrit ensemble avec le réalisateur, c’est extrêmement rare qu’on arrive avec un scénario terminé et que le réalisateur dise « OK, je tourne ». Là, ce qui s’est passé avec Guillaume, c’est très différent car en plus c’est un auteur, il a écrit des romans, il signe ses scénarios et là, il avait aimé le mien et il savait quoi en faire. On s’est donc vus ensuite quelques fois pour des changements mais surtout sur des choses comme le décor ou des choses pour respecter le budget.

De même, vous ne connaissiez pas les noms des comédiens durant l’écriture, est-ce que ça change la manière d’écrire ?

Bonne question. Moi, je pars du principe que si un comédien est choisi pour incarner un rôle, il doit le jouer, même si bien évidemment sur le plateau parfois on se rend compte qu’il y a  des choses difficiles à dire, et s’il y a des changements à faire, je ne suis pas du tout un maniaque là-dessus. Mais là, ils sont très très près du texte quand même. Je me souviens que Guillaume m’avait fait passer 2 remarques de Michel Duchaussoy et on a un peu retouché, mais c’est tout.

La politique est un sujet sensible, encore plus quand cela tourne autour d’évènements comme cette affaire, est-ce que certaines personnes vous mettent des bâtons dans les roues ou vous disent de faire attention à telles choses plus qu’à d’autres ?

Moi, je fais attention à ce que j’écris de manière générale (rires). Il y a un argument moral aussi car on ne peut pas faire tout et n’importe quoi avec des personnages qui ont existé ou qui sont morts. J’ai fait très attention pour ne blesser personne et pour Chirac et Mitterrand, j’ai pu faire ce que je voulais, toujours en m’appuyant sur des choses réelles comme des éléments de langage. Et ensuite on a discuté avec le service juridique de Canal Plus oui, et très honnêtement si j’ai dû changer 2 ou 3 bricoles, c’est le bout du monde. On ne peut vraiment pas parler de censure.

Et en tant que scénariste, est-on aussi impatient de la diffusion qu’un réalisateur ou un acteur ?

Ah oui (rires). Moi, c’est un des films que j’ai écrits que je préfère, clairement. J’espère vraiment que ça va rencontrer un grand public.

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Merci encore à Marc Syrigas pour sa disponibilité et sa simplicité, il m’a appris beaucoup grâce à cette interview. L’affaire Gordji, histoire d’une cohabitation, c’est ce soir sur Canal Plus à 20h55, et comme je vous le disais déjà dans ma critique du programme, je vous conseille vivement d’être devant vos écrans.

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